Le Prophète Attendu

La Torah et les Psaumes

Un jour, un Compagnon demanda à l'Envoyé de Dieu de parler de lui-même. Il dit: «Je suis celui pour l'arrivée duquel Abraham a prié et au sujet duquel Jésus a annoncé la bonne nouvelle.»[1] Ceci est une allusion aux versets coraniques suivants:

(Abraham pria): Notre Seigneur! Envoie l'un des leurs comme messager parmi eux, pour leur réciter Tes versets, leur enseigner le Livre et la Sagesse, et les purifier. Car c'est Toi certes le Puissant, le Sage! (2:129)

Et quand Jésus fils de Marie dit: "ô Enfants d'Israël, je suis vraiment le Messager de Dieu [envoyé] à vous, confirmateur de ce qui, dans la Torah, est antérieur à moi, et annonciateur d'un Messager à venir après moi, dont le nom sera "Ahmad". (61:6)

Le Messager de Dieu était très attendu. Tous les Prophètes précédents avaient parlé de lui et avaient prédit son arrivée. Le Coran (3:81) indique explicitement que Dieu a fait un pacte avec les Prophètes dans lequel ils attestent qu'ils croiront et aideront le Messager qui viendra après eux et qui confirmera le message qu'ils avaient apporté.

Les versions actuelles de la Torah, de l'Évangile et des Psaumes contiennent toujours des versets faisant allusion au Prophète Mohammed et même à ses Compagnons. Le défunt Husayn Jisri a relevé 114 allusions et les a citées dans son livre Risalat al-Hamidiya. Citons quelques exemples, à commencer par: «Le Seigneur est venu du Sinaï, pour eux il s'est levé à l'horizon du côté de Séïr, il a resplendi depuis le mont de Parân» (Deutéronome 33:2).

Ce verset se réfère respectivement aux Prophéties de Moïse, de Jésus et de Mohammed. Le Sinaï est le lieu où le Prophète Moïse parla à Dieu et reçut la Torah. Séïr, un endroit en Palestine, est là où le Prophète Jésus reçut la révélation divine. Parân est là où Dieu Se manifesta à l'humanité pour la dernière fois à travers Sa Révélation au Prophète Mohammed.

Parân est une chaîne de montagnes à La Mecque. Elle est mentionnée dans la Torah (Genèse 21:19-21) comme étant la région désertique où Hagar fut laissée par son époux Abraham pour qu'elle y vive avec son fils Ismaël. Le célèbre puits de Zamzam se trouve là-bas. Comme il est dit dans le Coran (14:35-37), Abraham laissa Hagar et Ismaël dans la vallée de La Mecque, qui était un lieu inhabité entre les chaînes de montagnes de Parân.

C'est à cause de telles prédictions explicites dans la Torah que les juifs étaient en attente du dernier Prophète et savaient qu'il apparaîtrait à La Mecque.

Le verset du Deutéronome, selon la version arabe publiée à Londres en 1944, continue ainsi: «Il vint avec une myriade de saintes personnes; dans sa main droite se trouvait une hache de feu à deux tranchants.» Ceci est une référence au Prophète promis qui allait avoir de nombreux Compagnons d'une sainteté du plus haut degré et qui allait avoir l'autorisation - et même l'ordre - de combattre ses ennemis.

Les versets suivants annoncent aussi son arrivée:

Alors le Seigneur me dit [Moïse]: «Ils ont bien fait de dire cela. C'est un Prophète comme toi que je leur susciterai du milieu de leurs frères; je mettrai Mes paroles dans sa bouche, et il leur dira tout ce que je lui ordonnerai. Et si quelqu'un n'écoute pas Mes paroles, celles que le Prophète aura dites en Mon nom, alors Moi-Même Je lui en demanderai compte.» (Deutéronome 18:17-19)

Il est clair que dans ces versets qu'un Prophète comme toi que je leur susciterai du milieu de leurs frères signifie un Prophète de la lignée d'Ismaël, car Ismaël était le frère d'Isaac, l'ancêtre des Enfants d'Israël. Le seul Prophète qui vint après Moïse et qui lui ressemblait sous beaucoup d'aspects (par exemple, en apportant une nouvelle loi et en déclarant la guerre à ses ennemis) est le Prophète Mohammed. Le Coran y fait allusion: Nous vous avons envoyé un Messager pour être témoin contre vous, de même que Nous avions envoyé un Messager à Pharaon. (73:15)

On rapporte que Abd Allah ibn 'Amr, un grand ascète à qui le Prophète conseilla de ne pas négliger de s'unir avec son épouse et de ne jeûner qu'un jour sur deux, a dit: «Toutes les communautés des religions précédentes savaient communément que Dieu allait envoyer un nouveau Prophète à l'humanité pour apporter de bonnes nouvelles et pour avertir. J'ai moi-même lu dans la Torah les versets suivants le concernant:

Ô Prophète! Nous t'avons envoyé à l'humanité en tant que porteur de bonnes nouvelles et en tant qu'avertisseur, et comme soutien et refuge pour les gens du peuple. Tu es Mon serviteur et Mon messager. Je t'ai nommé Moutawakkil [celui qui se fie à Dieu]. Il n'est pas grossier, ni repoussant, ni coléreux, et ne crie pas dans la rue. Il ne repousse pas le mal par le mal; au lieu de cela, il excuse et pardonne. Dieu ne retirera pas son âme avant qu'Il n'ait guidé à travers lui la nation égarée vers le droit chemin en déclarant qu'il n'y a de divinité que Dieu.».[2]

Cette narration fut confirmée par Abd Allah ibn Salam et Ka'b-al-Ahbar, les plus grands savants de la communauté juive au temps du Prophète. Tous deux embrassèrent plus tard l'islam.

On lit aussi des versets à propos de Mohammed dans les Psaumes de David:

Qu'il domine d'une mer à l'autre, et du Fleuve jusqu'au bout de la terre! Les nomades s'inclineront devant lui, ses ennemis lécheront la poussière. Les rois de Tharsis et des Iles enverront des présents; les rois de Saba et de Séva paieront le tribut. Tous les rois se prosterneront devant lui, toutes les nations le serviront. Oui, il délivrera le pauvre qui appelle, et les humbles privés d'appui. Il prendra souci du pauvre et du faible; aux pauvres il sauvera la vie: il les défendra contre la brutalité et la violence, il donnera cher de leur vie. Qu'il vive! On lui donnera l'or de Saba, on priera pour lui sans relâche, on le bénira tout le jour! Qu'il y ait dans le pays, et jusqu'au sommet des montagnes, une étendue de champs, dont les épis ondulent comme le Liban, et de la ville, on ne verra qu'un pays de verdure. Qu'il se fasse un nom éternel, qu'il le propage sous le soleil, afin qu'on se bénisse l'un l'autre en le nommant et que toutes les nations le disent bienheureux. (Psaumes 72:8-17)

Les évangiles

Avec plus d'insistance et de fréquence que tous les autres Prophètes, Jésus fit bonne annonce de Mohammed. Dans l'Évangile selon Jean, Jésus promet son arrivée en utilisant différents noms:

C'est votre avantage que je m'en aille; en effet, si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas à vous; si, au contraire, je pars, je vous l'enverrai. Et lui, par sa venue, il confondra le monde en matière de péché, et de justice et de jugement. (Jean 16:7-8)

Ici, le Prophète Mohammed est mentionné comme le Paraclet. Ce mot grec signifie «celui qui distingue le vrai du faux» et «celui qui est très loué». Les exégètes chrétiens lui ont donné divers sens comme «le conseiller» (Nouvelle Version Internationale par l'International Bible Society, placé et distribué par Gideon's International), «l'aide» (American Bible Society) ou «le consolateur» (The Company of the Holy Bible), et soutiennent qu'il s'agit d'une allusion au Saint Esprit. Mais ils n'ont jamais pu établir si le Saint Esprit était venu après Jésus et s'il avait fait ce que Jésus avait prédit qu'il ferait.

Si le Saint Esprit est l'archange Gabriel, alors il est venu de nombreuses fois au Prophète Mohammed pour apporter des révélations divines. Qui plus est, Jésus a mentionné et prédit le Paraclet sous d'autres noms mais avec la même fonction, comme on le voit ci-dessous:

Lorsque viendra le Paraclet que je vous enverrai d'auprès du Père, l'Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra lui-même témoignage de moi. (Jean 15:26)

J'ai encore bien des choses à vous dire mais vous ne pouvez les porter maintenant; lorsque viendra l'Esprit de vérité, il vous fera accéder à la vérité tout entière. Car il ne parlera pas de son propre chef, mais il dira ce qu'il entendra et il vous communiquera tout ce qui doit venir. Il me glorifiera car il recevra de ce qui est à moi et il vous le communiquera. (Jean 16:12-14)

Désormais, je ne m'entretiendrai plus guère avec vous, car le prince de ce monde vient. Certes, il n'a en moi aucune prise. (Jean 14:30)

Qui d'autre que le Prophète Mohammed est arrivé après Jésus en tant que Consolateur qui a réconforté les êtres humains contre la peur de la mort, les angoisses du futur et les maux spirituels? en tant qu'Aide qui a aidé l'humanité à atteindre la paix et le vrai bonheur dans les deux mondes? en tant que Prince de ce monde qui a régné sur près de la moitié de la planète pendant quatorze siècles et est devenu le bien-aimé de milliards de personnes? en tant qu'Esprit de vérité qui a rendu témoignage de Jésus, l'a glorifié en déclarant sa Prophétie contre le reniement des juifs et la déification des chrétiens, et a ramené sa religion à sa pureté originelle à travers le Livre qui lui a été révélé?

Quels défauts certains chrétiens attribuent-ils au Prophète Mohammed, par opposition à Jésus et à d'autres Prophètes, pour qu'ils persistent ainsi à le renier alors que la majorité d'entre eux (chrétiens du Moyen-Orient) ont cru en lui durant les décennies qui suivirent son décès?

Mawlana Jalal ad-Din ar-Rumi, un grand saint soufi, exprime dans la strophe suivante la bonne annonce du Prophète Mohammed dans l'Évangile:

Dans l'Évangile Moustafa est mentionné avec ses attributs.
En lui réside le mystère de tous les Prophètes;
Il est le porteur de bonheur.
L'Évangile le mentionne avec sa forme et ses traits extérieurs,
Et aussi avec ses vertus personnelles et ses qualités prophétiques.

Le Nouveau et l'Ancien Testament, malgré les doutes sur l'authenticité des versions actuelles, contiennent toujours des références au Prophète Mohammed. Nous en avons cité quelques-unes. Si un jour les copies originales ou les copies les moins altérées de la Torah et de l'Évangile sont découvertes, on y lira des références explicites au Dernier Messager. Ceci peut être inféré à partir des hadiths qui disent que le christianisme sera purifié de ses éléments empruntés.

Beaucoup d'autres attendaient l'avènement du Prophète

En raison des nombreuses prédictions de sa venue prochaine, tout le monde attendait le Prophète Mohammed. Durant cette ère sombre de l'histoire, l'humanité était en attente d'un être qui détruirait l'incroyance et donnerait un nouveau souffle de vie au monde. Le judaïsme et le christianisme, qui étaient à l'origine des religions révélées par Dieu, n'avaient plus rien à offrir. Ceux comme le moine Bahira qui avaient étudié les livres anciens en toute impartialité attendaient avec impatience sa venue.

Beaucoup de Mecquois l'attendaient aussi; parmi les plus importants d'entre eux se trouvait Zaïd ibn 'Amr, l'oncle de Omar ibn al-Khattab. Il avait rejeté l'idolâtrie, menait une vie pure et s'adressait ainsi aux gens: «Il n'y a pas de bien dans les idoles que vous adorez. Je connais une religion qui sera bientôt enseignée et propagée. Elle sera proclamée d'ici quelques années seulement, mais je ne sais pas si je vivrai assez longtemps pour en être témoin.»

D'après 'Amr ibn Rabi'a, Zaïd fit une description détaillée du Prophète attendu:

J'attends un Prophète qui est sur le point de venir. Il apparaîtra parmi les descendants d'Ismaël et les petits-fils de Abd al-Muttalib. Il est de taille moyenne, ni trop grand ni trop petit. Ses cheveux ne sont ni frisés ni raides. Son nom est Ahmad. Son lieu de naissance est La Mecque. Son peuple le forcera à quitter La Mecque et il émigrera à Yathrib (Médine), où sa religion se propagera. J'ai voyagé de part en part à la recherche de la religion d'Abraham. Cependant, tous les savants juifs et chrétiens à qui j'ai parlé m'ont conseillé de l'attendre. Il est le Dernier Prophète; aucun Prophète ne viendra après lui. Il se peut que je ne vive pas assez longtemps pour le voir, mais j'ai cru en lui.

À la fin de son introduction, Zaïd dit à 'Amr ibn Rabi'a: «Si tu vis assez pour le voir, salue-le de ma part.» Des années passèrent avant que Mohammed ne déclarât sa Prophétie. 'Amr ibn Rabi'a, ayant attesté sa foi au Prophète, raconta ce que Zaïd lui avait dit et transmit ses salutations. Le Prophète lui rendit son salut et ajouta: «J'ai vu Zaïd au Paradis, traînant sa longue robe.»[3]

On comptait parmi ceux qui étaient en quête de la vérité Waraqa ibn Nawfal, un savant chrétien et un cousin paternel de Khadija, l'épouse de Mohammed. Quand la première Révélation survint, Khadija en informa Waraqa. Celui-ci lui dit alors: «Mohammed est un homme véridique. Ce qu'il a vu est ce qui arrive au début de toute Prophétie. L'être qui lui est apparu est Gabriel, qui s'était aussi présenté à Moïse et à Jésus. Mohammed sera un Prophète. Si je vis assez longtemps pour être témoin de sa déclaration de Prophétie, je croirai en lui et je l'aiderai.»[4]

L'un de ceux qui cherchaient le Dernier Prophète était le juif Abd Allah ibn Salam. Les juifs étaient tellement sûrs de lui qu'ils l'appelaient «le seigneur, fils d'un seigneur». Sa grandeur équivalait celle des plus grands Compagnons tels que Omar et Abou Bakr. D'ailleurs Dieu allait estimer son témoignage de foi au Coran comme égal à celui de tout un peuple. Voici le verset le concernant:

Dis: "Que direz-vous si cette révélation s'avère venir de Dieu et vous n'y croyez pas, qu'un témoin parmi les fils d'Israël en atteste la conformité [à la Torah] et y croit pendant que vous, vous le repoussez avec orgueil... En vérité Dieu ne guide pas les gens injustes!" (46:10)

Ce grand Compagnon décrit comment il trouva le Prophète:

Quand le Messager de Dieu a émigré à Médine, je suis allé le voir, comme le faisait tout le monde. Il était assis au milieu d'un groupe de gens et quand je suis entré je l'ai entendu dire: «Donnez à manger aux autres et saluez-les.» Sa parole était si douce et son visage si charmant que je me suis dit: «Je jure par Dieu qu'un homme avec un tel visage ne peut pas mentir.» Sans tarder, j'ai déclaré ma croyance en lui.[5]

Les juifs et les chrétiens de cette époque reconnurent le Messager de Dieu. Comme le dit le Coran, ilsle reconnaissent comme ils reconnaissent leurs enfants (2:146). Après sa conversion, Omar demanda à Abd Allah ibn Salam s'il avait reconnu le Messager de Dieu. «Je l'ai reconnu», dit ibn Salam puis ajouta: «Il se peut que je doute de mes enfants et de la fidélité de ma femme, mais je n'ai aucun doute sur le fait que le Messager de Dieu est le Dernier Prophète.»[6]

Bien que les juifs et les chrétiens l'aient reconnu, la plupart l'enviaient et ne croyaient pas en lui à cause de leur envie et de leurs préjugés:

Et quant leur vint de Dieu un Livre confirmant celui qu'ils avaient déjà, - alors qu'auparavant ils cherchaient la suprématie sur les mécréants, - quand donc leur vint cela même qu'ils reconnaissaient, ils refusèrent d'y croire. Que la malédiction de Dieu soit sur les mécréants! (2:89)

Après sa conversion, Abd Allah ibn Salam dit à l'Envoyé de Dieu: «Ô Messager de Dieu! cache-moi dans un coin, puis convoque tous les savants juifs de Médine pour leur demander ce qu'ils pensent de mon père et de moi. Leurs évaluations seront certainement positives. Ensuite laisse-moi apparaître et déclarer ma conversion.» Le Prophète accepta cette proposition.

Quand les savants juifs furent rassemblés, le Messager de Dieu s'enquit de moi et de mon père auprès d'eux. Tous répondirent: «Ils font partie de nos gens les plus nobles et les plus érudits.» Sur ce, le Messager demanda: «Comment réagiriez-vous s'il me reconnaissait comme Prophète?» Ils rétorquèrent: «Cela est impossible!» C'est à ce moment-là qu'Ibn Salam sortit de sa cachette et déclara sa conversion, sur quoi les savants juifs changèrent immédiatement d'attitude et lancèrent: «Ibn Salam est le plus mauvais d'entre nous, fils du plus mauvais!»[7]

Le Prophète Mohammed était quelqu'un qui avait été recherché depuis des siècles. Salman al-Farisi était l'un de ces «chercheurs». D'origine parsie (un adorateur du feu), il quitta la Perse dont il était natif afin d'assouvir sa soif de vérité éternelle. Avant d'embrasser l'islam, il travailla pour plusieurs moines chrétiens, le dernier lui ayant donné ces derniers conseils sur son lit de mort:

Mon garçon, il ne reste personne à qui je puisse te recommander. Mais selon ce que nous avons lu dans nos livres, le dernier Prophète est sur le point d'apparaître. Il viendra avec le credo pur d'Abraham et apparaîtra à l'endroit vers lequel Abraham émigra. Néanmoins, il émigrera vers un autre lieu où il s'installera. Il y a des signes explicites de Prophétie. Par exemple, il ne se nourrira pas de la charité mais acceptera les présents, et le sceau de la Prophétie sera situé entre ses épaules.

Maintenant, laissons Salman raconter le reste de l'histoire:

Je rejoignis une caravane qui se rendait au lieu mentionné par le défunt moine. Quand j'arrivai à Wadi al-Qura', ils me vendirent comme esclave à un juif. Quand je vis des jardins de palmiers-dattiers, je crus que le Prophète émigrerait à cet endroit-là. Alors que je travaillais là-bas, un autre juif de la tribu des Banou Qouraïdha m'acheta et m'emmena à Médine. Je commençai à travailler pour lui dans sa palmeraie. Il n'y avait toujours pas de nouvelle du Messager de Dieu. Mais un jour, tandis que je récoltais des dattes, un cousin de mon maître juif arriva en toute hâte. Il dit dans un éclat de colère: «Bon sang! Les gens se ruent vers Qouba. Un homme de La Mecque qui prétend être Prophète y est venu. Ils croient qu'il est vraiment Prophète.»

Je me mis à trembler d'émotion. Je descendis de l'arbre et je demandai: «De quoi parlez-vous?» Mon maître remarqua ma vive émotion et me gifla avec le revers de sa main en disant: «Ça ne te regarde pas, occupe-toi de tes affaires!»

Le même jour, quand le soleil se couchait, j'allai le voir à Qouba et je lui donnai en aumône la nourriture que j'avais apportée. Le Messager de Dieu n'y toucha pas, mais dit à ceux qui l'entouraient: «Servez-vous.» Je me dis alors: «C'est le premier signe.» Plus tard je décidai de lui offrir un cadeau. Il l'accepta et en mangea avec ses Compagnons. «Ceci est le deuxième signe», me dis-je.

Un jour, j'assistais aux funérailles d'un Compagnon qui venait de mourir. Je m'approchai du Messager de Dieu dans le cimetière. Après l'avoir salué, je me tins derrière lui dans l'espoir de voir le sceau de la Prophétie. Ses épaules étaient nues et le sceau était exactement là où le moine m'avait indiqué. Je ne pus m'empêcher de l'embrasser en pleurant, après quoi je lui racontai mon histoire. Il était très content et voulais que ses Compagnons l'écoutent aussi.[8]

Les gens qui le cherchaient sincèrement finissaient par le trouver. Quiconque le recherche vraiment le trouvera, tandis que ceux qui s'obstinent et se laissent diriger par leur mauvais ego se noieront dans l'incroyance et l'hypocrisie. Mughira ibn Shu'ba relate:

Un jour j'étais avec Abou Jahl à La Mecque. Le Messager de Dieu vint à nous et nous invita à embrasser l'islam. Abou Jahl le réprimanda ainsi: «Si tu fais cela pour que nous témoignions devant Dieu dans l'autre monde que tu as accompli ta mission de Prophète, nous le ferons. Alors maintenant, ô homme, laisse-nous tranquille!» Quand le Messager de Dieu nous quitta, je demandai à Abou Jahl s'il admettait la Prophétie de Mohammed. Il dit que oui et ajouta: «Je sais qu'il est vraiment Prophète. Toutefois, nous rivalisons en toutes choses avec les Hachémites. Ils se vantent de fournir l'eau et la nourriture des pèlerins. Alors s'ils se mettent maintenant à se vanter d'avoir un Prophète, je ne pourrais pas le supporter.»[9]

Ce genre d'attitude est typique des Abou Jahls du passé et d'aujourd'hui. Les gens intelligents qui n'ont pas de préjugés et dont la volonté n'est pas paralysée ne peuvent s'empêcher de croire à l'islam et au Messager de Dieu. À cet égard, Dieu dit à Son saint Messager: Nous savons qu'en vérité ce qu'ils disent te chagrine. Or, vraiment ils ne croient pas que tu es menteur, mais ce sont les signes de Dieu que les injustes renient. (6:33)

Comment pourraient-ils l'accuser de mentir, lui qui était connu de tous sous le nom de Al-Amin (le véridique)? Le témoignage de l'un de ses pires ennemis, 'Utba ibn Abi Rabi'a, prouve que même ses ennemis reconnaissait sa probité.

Les chefs qoraïchites se réunirent pour discuter des moyens d'empêcher la propagation de l'islam. Ils envoyèrent 'Utba dans l'espoir qu'il puisse convaincre le Messager d'arrêter. Il demanda: «Ô Mohammed! qui est le meilleur, toi ou ton père?» Le Messager de Dieu ne répondit pas, le silence étant probablement la meilleure réponse à une question aussi absurde. 'Utba reprit: «Si ton père était mieux que toi, il n'a évidemment pas pu suivre la religion que tu prêches. Si, au contraire, tu es mieux que ton père, alors je suis prêt à écouter ce que tu as à dire».

Le Messager de Dieu demanda: «Est-ce tout ce que tu voulais dire?» 'Utba acquiesça et resta silencieux. Alors le Messager de Dieu s'agenouilla et se mit à réciter la sourate Fussilat. Au moment où il arriva au verset S'ils s'en détournent, alors dis-leur: "Je vous ai averti d'une foudre semblable à celle qui frappa les 'Aad et les Thamud" (41:13), 'Utba tremblait comme s'il avait de la fièvre. Il dut mettre ses mains sur les lèvres de l'Envoyé de Dieu et dit: «Arrête s'il te plaît! au nom du Dieu en qui tu crois arrête!» 'Utba rentra chez lui abasourdi.

Les chefs qoraïchites l'attendaient anxieusement. Craignant que 'Utba ait pu accepter l'islam, Abou Jahl frappa à sa porte et, une fois entré, irrita 'Utba en disant: «J'ai entendu dire que Mohammed t'a traité avec beaucoup de générosité et qu'il t'a offert un festin, et en retour tu as cru en lui. C'est ce que les gens disent.» En colère, 'Utba répondit:

Tu sais que je n'ai pas besoin de ses générosités. Je suis plus riche que vous tous. Ce sont ses mots qui m'ont frappé. Ce n'était pas de la poésie et ça ne ressemblait pas non plus à des paroles de devins. Je ne sais pas comment je devrais réagir. C'est quelqu'un d'honnête. Quand j'écoutais sa récitation, j'ai eu peur que ce qui est arrivé aux 'Aad et aux Thamud nous arrive aussi.[10]

Ils étaient en attente d'un Prophète depuis très longtemps. Tout le monde connaissait le caractère d'Al-Amin et personne ne l'avait jamais entendu mentir. Ils étaient sous le charme de sa personnalité et de l'éloquence du Coran, mais ne pouvaient surmonter leur fierté et leur arrogance, ni leur envie et leur rivalité, afin de pouvoir proclamer leur croyance. Aussi n'arrivaient-ils pas à accommoder leurs habitudes et leur style de vie à son message. N'esn est-il pas de même de tous ceux qui, connaissant la vérité, persistent dans l'incroyance?


[1] Muttaqi al-Hindi, Kanz al-'Ummal, 11:384
[2] Bukhari, "Tafsir", 48/3; "Buyu'," 50; Ibn Hanbal, 2:174
[3] Ibn Kathir, Al-Bidaya, 2:223
[4]Bukhari, "Bad'u al-Wahy," 3
[5] Ahmad ibn Hanbal, Musnad, 5:451
[6] Mukhtasar Tafsir Ibn Kathir, 1:140
[7]Bukhari, al-Anbiya', "Bab Khalq Adam," 1
[8] Ibn Hisham, Sira, 1:228-34
[9]Kanz al-'Ummal, 14:39-40; Ibn Kathir, 3:83
[10] Ibn Kathir, 3:80-81; Ibn Hisham, 1:313

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