Narration des hadiths

Les Compagnons et les générations qui suivirent juste après étaient très méticuleux lors de la narration ou de la transmission de ces hadiths. Ils montraient énormément de scrupules et d'attention à séparer les hadiths sûrs de ceux qui avaient été fabriqués (en vue de satisfaire des besoins personnels ou sectaires). Après les avoir mémorisés mot pour mot, ils transmettaient les hadiths sûrs aux générations suivantes.

L'avertissement du Messager et l'attachement des Compagnons à la Sounna

L'islam se distingue de l'incroyance par son enracinement ferme dans la véracité. Les vrais musulmans ne mentent pas. Les Compagnons et leurs successeurs prouvèrent leur attachement à l'islam à travers leur sacrifice personnel. Ils craignaient aussi Dieu, vivaient austèrement et s'abstenaient des conforts de la vie. Beaucoup de grands savants et de saints apparurent parmi eux, et leurs exemples sont toujours suivis.

À côté de cette insistance de l'islam sur la véracité, le Messager de Dieu prévenait sévèrement les gens contre le fait de mentir à son propos: «Que ceux qui mentent à mon sujet préparent leurs demeures dans le Feu.»[1] et: «Quiconque rapporte faussement de moi est un menteur».[2] Face à de tels avertissements, les Compagnons, qui avaient sacrifié toutes leurs vies pour la cause de l'islam, penseraient-ils même un seul instant à mentir concernant le Messager?

En se basant sur ces considérations, les Compagnons attachaient une grande attention à ne commettre aucune erreur ni aucun malentendu lorsqu'ils rapportaient des hadiths. Par exemple, Ali, le cousin du Messager et le quatrième calife après lui, disait: «Je crains tellement de rapporter un hadith du Messager que je préfèrerais déchoir des cieux que de prononcer un mensonge sur son compte.»[3]

Abd Allah ibn Mas'ud, qui comptait parmi les quatre ou cinq premières personnes à accepter l'islam et l'un des Compagnons les plus proches et les plus savants, était tout aussi méticuleux. Quand on lui demanda de rapporter un hadith du Messager de Dieu, il commença ainsi: «Le Messager de Dieu a dit», s'arrêta puis inclina sa tête, respira profondément et déboutonna son col pendant que ses yeux se remplissaient de larmes. Après la narration, il ajouta: «Le Messager de Dieu a dit cela, ou quelque chose comme cela, ou quelque chose plus ou moins proche de cela.»[4]

Zubayr ibn Awwam, l'un des dix Compagnons qui avaient reçu la bonne nouvelle lui annonçant qu'il ferait partie des gens du Paradis, ne rapporta que quelques hadiths du Messager de Dieu par crainte de commettre une erreur. Quand son fils lui demanda pourquoi, il répondit: «J'ai tellement peur de dire quelque chose de contraire à ce que le Messager a réellement dit. Car il a déclaré: 'Que ceux qui mentent sciemment à mon sujet se préparent une demeure dans le Feu.'»[5] Anas ibn Malik, qui servit le Messager pendant dix ans, dit: «Si je n'avais pas peur de faire des fautes, je rapporterais beaucoup plus de hadiths du Messager.»[6]

Abd ar-Rahman ibn Abi Layla rencontra 500 Compagnons. Quand il visitait un lieu, les gens disaient: «L'homme qui a rencontré 500 Compagnons est venu dans notre ville.» Il eut une grande influence sur Abou Hanifa et Imam Abou Yusuf. Il rapporta: «Je connaissais personnellement 120 Compagnons. Parfois, ils se trouvaient tous dans la même mosquée. Quand on leur demandait quelque chose, chacun attendait que l'autre répondît. Si on leur demandait de transmettre un hadith, aucun n'osait le faire. À la fin, l'un d'eux plaçait sa confiance en Dieu et se mettait à parler. Il ajoutait toujours: 'Le Messager de Dieu a dit cela, ou quelque chose comme cela, ou quelque chose plus ou moins proche de cela.'»[7]

Zayd ibn Arqam était l'une des premières personnes à embrasser l'islam. Dans les tout débuts de l'islam, le Messager rencontrait en secret les musulmans chez lui. Zayd fut nommé directeur du trésor public pendant les califats de Omar et de Othman. Quand il vit Othman donner à ses proches des objets (qui lui appartenaient personnellement et qu'il avait déposés dans le trésor), il lui dit: «Ô Commandant des Fidèles! les gens risquent de nous soupçonner (à tort) et ils ne me feront plus confiance. Permets-moi de démissionner.» Quand Abd ar-Rahman ibn Abi Layla lui demanda de lui rapporter un hadith, Zayd répondit: «Mon fils, je suis devenu vieux et ma mémoire est défaillante. Rapporter une parole du Prophète n'est pas chose aisée.»[8]

Narration littérale

Bien que la narration littérale soit meilleure et toujours préférable, la narration du sens est permise si le rapporteur maîtrise parfaitement l'arabe, si le mot employé convient au contexte donné, et si l'original a été oublié. Cependant, les Compagnons rapportaient toujours les hadiths littéralement malgré cette permission. Par exemple, un jour Ubayd ibn Umayr rapporta: «Un Hypocrite ressemble à une brebis laissée entre rabadhayn (deux bergeries).» Abd Allah ibn Umar objecta: "Il n'a pas dit cela. J'ai entendu le Messager dire: 'Un Hypocrite ressemble à une brebis laissée entre ghanamayn (deux troupeaux).'»[9] La signification est la même; la seule différence est dans le choix des mots rabadhayn ou ghanamayn.

Cette même attention a été adoptée par les savants ou les rapporteurs de la génération succédant à celle des Compagnons: les Tabi'un (ceux qui suivent). Par exemple, quelqu'un rapporta un hadith en présence de Sufyan ibn Uyayna: «Le Messager a interdit de laisser le jus (des raisins, des dattes, etc.) fermenter (an yuntabadha) dans des bols faits de potiron et revêtus de brai.» (résine de cèdre) Sufyan objecta: «J'ai entendu Zuhri rapporter: 'Le Messager a interdit de laisser le jus (des raisins, des dattes, etc.) fermenter (an yunbadha) dans des bols faits de potiron et revêtus de brai.»[10] Il n'y a pas de différence au niveau du sens, seule la conjugaison du verbe arabe diffère.Barra ibn Azib rapporta:

Le Messager me conseilla: «Fais tes petites ablutions (comme pour faire la prière) avant d'aller au lit. Puis couche-toi sur le côté droit et prie: 'Ô Dieu! Par amour et crainte de Toi, je me suis soumis à Toi et je m'en remets à Toi pour mon affaire. Je me suis réfugié en Toi, par crainte de Toi et en quête de Toi. Il n'y a de refuge contre Toi qu'en Toi. Je crois en Ton Livre que Tu as fait descendre, et en Ton Prophète que Tu as envoyé.'» Pour apprendre cela par cœur tout de suite, je l'ai répété au Messager et dit à la fin: 'et en Ton Messager que Tu as envoyé'. Il me corrigea cette dernière phrase en disant: 'et en Ton Prophète que Tu as envoyé.'[11]

Les gens rêvent quand ils dorment. Les rêves véridiques constituent 1/46ème de la Prophétie, car le Messager avait des rêves véridiques pendant les 6 premiers mois de sa Prophétie qui dura 23 années. Comme ils sont liés à la Prophétie et non pas à la qualité de Messager, le Messager corrigea Bara. Cette attention scrupuleuse était montrée par tous les Compagnons, qui étudiant les hadiths qu'ils entendaient du Messager et en discutaient. Le Messager leur dit: «Mémorisez et étudiez les hadiths, car certains sont liés à d'autres. Par conséquent, rassemblez-vous et discutez-en.»[12]

Vérification

Les Compagnons s'efforçaient de vérifier le sens de chacun des hadiths. Aucun ne mentait, car leur crainte du châtiment divin était bien trop grande. Toutefois, il se peut que les rapporteurs aient parfois mal compris un hadith, manqué un point important pendant qu'ils le recevaient du Messager, ou bien qu'ils l'aient mal interprété. Sans intention de s'opposer au Messager, ils faisaient de grands efforts pour comprendre son vrai objectif et discutaient de ce qu'ils recevaient de lui.

Une fois, une femme demanda à Abou Bakr si elle pouvait hériter de ses petits-enfants. Il répondit: «Je n'ai rien vu dans le Coran qui permette cela, et je ne me souviens pas non plus que le Messager ait jamais parlé à ce sujet.» Mughira ibn Shu'ba se leva et dit: «Le Messager a permis à la grand-mère de recevoir 1/6ème (de l'héritage).» Abou Bakr demanda à Mughira s'il pouvait amener un témoin pour attester de cela. Quand Muhammad ibn Maslama en témoigna, Abou Bakr donna alors à la femme 1/6èmede la propriété de son petit-fils.[13]

Quand le Messager déclara: «Ceux qui seront appelés à rendre compte de leurs actions le Jour du Jugement seront damnés», Aïcha demanda: «Qu'en est-il de la déclaration divine dans le Coran:[Il] sera soumis à un jugement facile. (84:8) Le Messager répondit: «Il s'agit de la présentation. Chacun rendra compte à Dieu de ses actions. Si ceux qui firent le mal nient leurs mauvaises actions, Dieu les informera de leurs actions. De telles personnes seront ruinées.»[14]

Comme on le lit dans Bukhari, Omar raconte:

J'entendis Hisham ibn Hakim prononcer quelques mots de la sourate al-Furqan différemment de la façon que le Messager m'avait enseignée. J'attendis patiemment jusqu'à ce qu'il ait terminé de prier, puis je lui demandai: 'Qui t'a enseigné une telle façon de réciter?' Quand il me dit qu'il l'avait apprise du Messager, je l'emmenai avec moi vers le Messager et lui expliquai la situation. Le Messager demanda à Hisham de réciter la sourate, ce qu'il fit. Le Messager acquiesça en disant: 'Telle est la façon dont elle m'a été révélée.' Puis il me demanda de réciter, ce que je fis. Ecore une fois, il acquiesça: 'Ainsi fut-elle révélée.' Il ajouta: 'Le Coran a été révélé de sept façons différentes. Récitez-le de la façon (de lire) qui vous est la plus facile.'[15]

Les Compagnons étaient si dévoués à la Sounna qu'ils voyageaient parfois de longues distances pour apprendre un seul hadith. Par exemple, Abou Ayyub al-Ansari voyagea de Médine jusqu'en Egypte pour vérifier l'exactitude de la formulation d'un hadith. Parmi ceux qui l'avaient reçu du Messager, seul Uqba ibn Amir était toujours en vie et habitait en Egypte. Abou Ayyub arriva dans la capitale et, appelant son gouverneur Maslama ibn Mukhallad, trouva un guide pour l'emmener chez Uqba. Quand il trouva ce Compagnon dans une rue, il lui demanda de vérifier ce hadith: «Quiconque couvre (cache) le défaut d'un croyant en ce monde, Dieu couvrera ses défauts le Jour de la Résurrection.»[16] Uqba lui confirmant que sa mémoire était bonne, Abou Ayyub demanda congé en disant: «Je ne suis venu que pour t'interroger sur ce hadith. Je ne voudrais pas rendre mon intention impure (en restant) pour une autre raison.»[17]

Comme il est relaté dans Bukhari, Jabir ibn Abd Allah voyagea pendant tout un mois juste pour recevoir un hadith directement de son rapporteur, Abd Allah ibn Unays. Trouvant Abd Allah, il dit: «On m'a fait savoir que tu rapportais un hadith que je n'ai pas entendu du Messager. Craignant que l'un de nous puisse mourir avant que je ne l'apprenne, je suis venu à toi.» Jabir apprit le hadith par cœur et rentra à Médine.[18]

De tels voyages continuèrent pendant des siècles. Sa'id ibn al-Musayyib, Masruq ibn Ajda et d'autres parcoururent de très longues distances pour apprendre un seul hadith ou même pour seulement confirmer une seule lettre d'un hadith. Kathir ibn Qays rapporte qu'un tel amoureux du savoir voyagea de Médine à Damas pour apprendre un hadith de Abou ad-Darda.[19]

Les Tabi'un montraient le même degré de scrupules que les Compagnons lorsqu'ils rapportaient un hadith. Comme le disait A'mash, ils préfèreraient que le ciel leur tombe sur la tête plutôt que de rajouter ne serait-ce qu'une voyelle à un hadith.[20]

Les Ahl al-Sounna wa al-Jama'a sont d'accord sur la véracité absolue des Compagnons. Cependant, après que des conflits internes éclatèrent parmi les musulmans, les Tabi'un se mirent à examiner minutieusement tous les hadiths qu'ils entendaient et à s'enquérir de la véracité de leurs rapporteurs. Muhammad ibn Sirin dit: «Avant, nous ne demandions rien concernant les rapporteurs. Mais après que les conflits internes avaient éclaté, nous nous sommes mis à les questionner.»[21]

Les gens d'une intégrité douteuse et dont la foi est sans fondement inventèrent des hadiths pour promouvoir leurs idées sectaires. Les Nasiba (les Omeyyades et leurs partisans qui s'opposaient à Ali) fabriquèrent des hadiths en faveur d'Othman et de Mu'awiya, contre Ali, et les Rafidites (extrémistes chiites) inventèrent des hadiths contre Othman et Mu'awiya, en faveur d'Ali. Cela poussa les savants scrupuleux en quête de vérité à entreprendre un examen détaillé et méticuleux de chaque hadith rapporté et du caractère de son rapporteur. Abou al-Alya dit:

Nous n'étions plus satisfaits de ce qui nous étaient rapporté par un Compagnon. Nous voyageâmes pour le recevoir directement du ou des Compagnons qui l'avaient rapporté, et pour nous en quérir de cela auprès d'autres Compagnons qui le connaissaient.[22]

Imam Muslim relate que Bushayr al-Adawi rapportait un hadith à Ibn Abbas. Remarquant que ce dernier n'y prêtait guère attention, Bushayr lui demanda tout étonné: «Pourquoi ne m'écoutes-tu pas? Je suis en train de réciter un hadith.» Ibn Abbas répondit:

Dans le passé, nos cœurs bondissaient de joie et d'émotion quand quelqu'un récitait un hadith en commençant par: «Le Messager a dit». Nous étions tout oreilles. Mais depuis que les gens se sont mis à voyager d'un endroit à l'autre, nous ne recevons plus de hadith que de ceux que nous connaissons déjà.[23]

Ibn Abd al-Barr, le grand savant de l'Espagne musulmane (Andalousie), rapporte de Amir ibn Sharahil ash-Sha'bi, l'un des plus grands savants de parmi les Tabi'un: Rabi ibn Husayn rapporta un hadith à Sha'bi:

«Ceux qui récitent dix fois: 'Il n'y a de dieu que Dieu, l'Un, et Il n'a pas d'associés. Le royaume est à Lui, et toutes les louanges sont à Lui. Il donne la vie et provoque la mort. Il est puissant sur toutes choses', peuvent obtenir autant de récompenses que ceux qui libèrent un esclave.»

Sha'bi demanda à Rabi qui lui avait rapporté ce hadith. Il lui répondit que c'était Abd ar-Rahman ibn Abi Layla. Alors Sha'bi partit chercher Ibn Abi Layla, qui vivait dans une autre ville. Ibn Abi Layla attesta l'authenticité du hadith, ajoutant qu'il l'avait entendu de Abou Ayyub al-Ansari.[24]

De grands savants tels que Ibn Shihab az-Zuhri, Ibn Sirin, Sufyan ath-Thawri, Amir ibn Shurahbil ash-Sha'bi, Ibrahim ibn Yazid an-Nahka'i, Shu'ba, Abou Hilal, Qatada ibn Di'ama, Hisham ad-Dastawa'i et Mith'ar ibn Qudam firent de leur mieux pour déterminer lesquels des hadiths étaient authentiques et lesquels étaient fabriqués. Quand ils n'étaient pas sûrs de l'authenticité d'un hadith, ils se consultaient entre eux. Par exemple, Abou Hilal et Sa'id ibn Abi Sadaqa demandèrent à Hisham ad-Dastawa'i la formulation exacte d'un hadith, juste pour être tout à fait sûrs. Shu'ba et Sufyan ath-Thawri se référèrent à Mith'ar pour un sujet dont ils n'avaient pas une connaissance parfaite.[25] De tels grands savants ne permettaient pas la propagation de hadiths fabriqués. Partout et à chaque fois qu'ils entendaient des gens connus pour leurs vues sectaires raconter un hadith, ces experts du hadith leur demandaient qui leur avait rapporté ce hadith.

Ces savants, aimant et recherchant la vérité, ne se retenaient pas pour révéler les faiblesses de leurs familles ou de leurs proches. Par exemple, Zayd ibn Unaysa avertissait les Traditionistes de ne pas accepter de hadith de son frère, peut-être à cause de sa mémoire défaillante, de son manque de scrupules ou de son sectarisme.[26] Quand on s'enquit de son père, Ali ibn al-Madini, le premier à écrire sur les Compagnons, répondit: «Demandez à d'autres ce qu'ils pensent de lui.» Quand ils insistèrent, il expliqua: «Le hadith signifie la religion. Mon père est faible sur ce point.»[27]

Waki ibn Jarrah, qui fut formé à l'école de Abou Hanifa et fut l'un des maîtres de Imam Shafi'i, dit: «Je ne me souviens pas avoir jamais oublié une chose après l'avoir entendu une fois. Et je ne me souviens pas non plus avoir répété une deuxième fois une chose que je n'avais entendu qu'une seule fois.» En dépit de son excellente mémoire, Imam Shafi'i se plaignit un jour de sa mauvaise mémoire. Waki répondit: «Evite de pécher. La connaissance est une lumière de Dieu, et ne peut donc pas être donnée à des pécheurs.» Quand son père Jarrah rapportait un hadith, Waki' se trouvait toujours à ses côtés. Quand on lui demanda pourquoi, il répondit: «Mon père travaille dans le département des finances. Je crains qu'il n'adoucisse certains hadiths en faveur du gouvernement. Je l'accompagne pour empêcher une telle défaillance.»[28]

Pendant que les hadiths étaient mis à l'écrit, ils étaient aussi mémorisés par quelques-uns des plus grands Traditionistes de l'histoire islamique. Par exemple, Ahmad ibn Hanbal mémorisa environs un million de hadiths, y compris des hadiths authentiques, bons, faibles, et fabriqués (certains avaient le même contenu textuel mais provenaient de différentes chaînes de transmission). Son Musnad contient seulement 40000 hadiths choisis de 300000 hadiths.

Yahya ibn Ma'in mémorisa à la fois les hadiths authentiques et fabriqués. Quand Ibn Hanbal lui demanda pourquoi il faisait cela, il répondit: «J'informe les gens des hadiths fabriqués afin qu'ils puissent choisir ceux qui sont authentiques.»[29] Beaucoup de savants se lancèrent dans cette activité et apprirent des centaines de milliers de hadiths par cœur. Parmi eux, les plus célèbres sont Zuhri, Yahya ibn Sa'id al-Qattan, Bukhari, Muslim, Daraqutni, Hakim, Dhahabi, Ibn Hajar al-Asqalani et Imam Suyuti.

Grâce aux efforts immenses de ces Traditionistes, les hadiths authentiques pouvaient être distingués des hadiths fabriqués. En plus d'enregistrer des hadiths authentiques dans des recueils et de les mémoriser, de nombreux Traditionistes écrivaient des notes sur le caractère du rapporteur afin que les gens puissent distinguer ceux qui étaient fiables, scrupuleux, profonds, méticuleux et craignant Dieu des insouciants.

Quand les gens les avertissaient que révéler ainsi les défauts des rapporteurs apporteraient la honte sur eux, ils répondaient: «Le hadith signifie la religion. Par conséquent, il faut attacher plus d'attention à cela qu'à cacher les défauts des rapporteurs.»[30] Yahya ibn Sa'id al-Qattan, réputé pour sa vive crainte du péché, disait: «En Présence de Dieu, je préfèrerais les avoir eux comme ennemis plutôt que le Messager.»[31]

Assurer l'authenticité

Il y avait plusieurs façons de dire si un hadith avait oui ou non été fabriqué. L'une d'entre elles était d'encourager les rapporteurs à avouer. Cela n'était pas rare parmi ceux qui étaient tombé dans le sectarisme et qui, ayant été ensuite guidés à la vérité, reconnurent les hadiths qu'ils avaient inventés.

En outre, les Traditionistes étaient extrêmement sensibles au mensonge. Si l'on pouvait prouver qu'un rapporteur avait menti ne serait-ce qu'une fois, tous les hadiths venant de lui étaient rejetés. Les rapporteurs devaient être parfaitement véridiques, avoir une excellente mémoire, être très scrupuleux dans leur pratique de l'islam, et ne pas être engagés dans le sectarisme. De plus, si des rapporteurs fiables commençaient à avoir une mémoire défaillante ou quelques difficultés mentales similaires, leurs hadiths n'étaient plus acceptés. Par exemple, quand Ibn Abi Lahi'a, reconnu pour son austérité et sa ferveur pour Dieu, perdit le cahier duquel il rapportait des hadiths, Imam Bukhari décida de se limiter à ceux de ses hadiths qui étaient confirmés ou renforcés par d'autres rapporteurs fiables.

L'on dit que le style littéraire d'une personne est identique à cette personne-même. Ainsi, si vous êtes un lecteur attentif, vous pourrez identifier un auteur par son style et le distinguer des autres. Les Traditionistes se consacrèrent si bien au Hadith qu'ils pouvaient facilement distinguer les paroles du Prophète de celles de tout autre, si talentueux fût-il.

L'autre manière était de juger les hadiths en fonction du Coran et des hadiths mutawatir. Si trois ou plus de Compagnons rapportaient un hadith du Prophète, qui était ensuite transmis par plusieurs chaînes de transmissions de rapporteurs fiables, on appelait cela mutawatir. Les hadiths rapportés par le Prophète par un Compagnon sont eux des ahadi. De tels hadiths étaient jugés authentiques après être jugés selon le Coran et les hadiths mutawatir.

Bien que ce ne fût pas une méthode objective, certains saints savants voyaient le défunt Messager tandis qu'ils étaient éveillés et recevaient les hadiths directement de lui. Le hadith qudsi: «J'étais un trésor caché. J'ai créé les gens afin qu'ils Me connaissent», ferait partie de cette catégorie.[32] Jalal ad-Din as-Suyuti aurait vu plusieurs fois le Messager en éveil (et non pas en rêve). Avant de mettre à l'écrit un hadith qu'il considérait authentique, Imam Bukhari faisait ses ablutions, consultait le Messager, et ne le transcrivait sur son cahier qu'après avoir reçu l'approbation du Messager.[33] Certains Traditionistes étaient contemporains des Compagnons qui avaient rapporté les hadiths du Prophète.

Les Traditionistes écrivirent des ouvrages de plusieurs tomes sur les rapporteurs, dans lesquels ils détaillaient leurs biographies: quand ils étaient nés, où ils avaient émigré et où ils avaient vécu, leurs maîtres desquels ils recevaient des hadiths et auxquels ils rapportaient des hadiths, et où et quand ils moururent.

Le premier livre de ce genre fut celui de Ali ibn al-Madini, Kitab Ma'rifat as-Sahaba (Le Livre de la Connaissance des Compagnons). Parmi les plus importants, on trouve ceux-ci: Al-Isti'ab fi Ma'rifat al-Ashab (Le Livre Complet de la Connaissance des Compagnons) de Ibn Abd al-Barr; Al-Isaba fi Tamyiz as-Sahaba (Trouver la Vérité en Jugeant les Compagnons) de Ibn Hajar al-'Asqalani; Usd al-Ghaba (Les Lions de la Forêt) de Ibn Athir; At-Tabaqat al-Kubra' (un dictionnaire biographique complet des plus grands Compagnons et des savants Tabi'un) de Ibn Sa'd; et Tarikh Ibn Asakir (L'Histoire par Ibn Asakir), Tarikh al-Bukhari (L'Histoire par Bukhari) et At-Tarikh al-Kabir (La Grande Histoire) de Yahya ibn Ma'in.

Les plus grands Traditionistes, dont Bukhari, Muslim, Tirmidhi, Abou Dawud, Nasa'i, Ibn Maja et Ahmad ibn Hanbal, rassemblèrent des hadiths authentiques dans des livres volumineux. D'autres comme Maqdisi rassemblèrent des hadiths fabriqués. D'autres encore, qui vinrent plus tard, vérifièrent une fois de plus l'authenticité de tous les hadiths qui avaient été rassemblés.

Par exemple, Ibn al-Jawzi (mort en 654 Après l'Hégire) estima que plusieurs hadiths dans le Musnad de Ibn Hanbal étaient soit fabriqués soit le résultat d'une chaîne de transmission faible (et ce, bien qu'il appartînt à l'école juridique de Ibn Hanbal). Plus tard, Ibn Hajar al-Asqalani fit un examen approfondi de ces même hadiths et, à l'exception de treize d'entre eux, prouva leur authenticité. Jalal ad-Din as-Suyuti (m. 911/1505) les examina une fois de plus et en déduisit qu'aucun n'avait été fabriqué, bien que certains aient pu avoir des chaînes de transmission faibles. Il révisa aussi Al-Mawdhu'at al-Kubra' (Grande Collection de Hadiths Fabriqués) de Ibn al-Jawzi et en distingua les hadiths authentiques. Pensant que le reste n'était peut-être pas non plus fabriqué, il écrivit Al-Laa'li al-Masnu'a (Les Perles Artificielles).

D'autres grands Traditionistes compilèrent des abrégés supplémentaires. De grands Traditionistes tels que Bukhari et Muslim - des savants extrêmement scrupuleux - n'inclurent pas beaucoup de hadiths dans leurs collections. Al-Mustadrak 'ala as-Sahihayn (Addendum aux Deux Collections de Hadiths Authentiques) de Hakim, est un volumineux appendice à Bukhari et Muslim. Il fut revu de près par Hafiz Dhahabi, qui était célèbre pour sa mémoire.

Des siècles plus tard, des livres furent écrits sur des maximes très répandues, de sages dictons ou proverbes considérés comme des hadiths. Al-Maqasid al-Hasana de Sakhawi et Kashf al-Khafa' de Ajluni les examinèrent un par un et découvrirent ceux qui étaient de vrais hadiths et ceux qui ne l'étaient pas. Par exemple, comme beaucoup de hadiths et de versets coraniques encourageant les gens à apprendre, des dictons populaires comme: «Recherche le savoir du berceau jusqu'au tombeau» et «Recherche le savoir même si ce doit être en Chine» furent vérifiés par les Traditionistes qui conclurent qu'ils n'étaient pas de vrais hadiths.

Suite à de telles études poussées, des examens minutieux et des vérifications scrupuleuses, nous sommes en mesure d'affirmer que les collections de hadiths authentiques ne contiennent plus aucun hadith fabriqué. Ceux qui persistent à mettre en doute les hadiths et la Sounna ne font qu'agir aux noms de préjugés religieux, politiques et idéologiques, ainsi qu'adopter une vision biaisée d'orientaliste, afin de jeter le discrédit sur cette source vitale de l'islam et sa pratique dans la vie quotidienne.

Quelques exemples

Voici quelques exemples de hadiths fabriqués:

  • Abou Hanifa est peut-être le plus grand juriste musulman et continue à briller comme un soleil dans le ciel de la jurisprudence islamique. Néanmoins, la citation faussement attribuée au Prophète - «Abou Hanifa est la lampe de ma nation» - n'est pas un hadith.[34] Il a dû être fabriqué pour des intérêts sectaires.

  • «Ayez de jeunes coqs blancs» a sûrement dû être inventé par un vendeur de jeunes coqs blancs - quoique nous aimions les jeunes coqs blancs.[35]

  • «Prenez garde au mal de celui à qui vous avez fait un bienfait» est une parole illogique attribuée à tort au Prophète.[36] Vous pouvez gagner le cœur de quelqu'un en lui faisant un bien. Si jamais il était permis d'attribuer une parole au Prophète, j'aurais dit: «Faites le bien à celui dont vous craignez le mal», car il est dit que «les gens sont les esclaves du bien qu'on leur a fait».

  • Bien que la rationalité soit un principe de l'islam, l'islam ne dépend pas du rationalisme. Personne ne peut juger le Coran et le Prophète selon les préceptes de la raison personnelle. L'islam est l'ensemble des principes établis par Dieu, le Propriétaire et le Pourvoyeur de toute raison et intelligence. Par conséquent, la citation: «Discutez entre vous d'une parole qui m'est attribuée. Si elle s'accorde avec la vérité, confirmez-la et adoptez-la comme un principe religieux. Peu importe que je l'aie prononcée ou non» est une fabrication de toutes pièces.

  • Une autre parole attribuée à tort au Prophète est: «Je suis né à l'époque d'un roi juste».[37] Cela fut inventé dans le but de glorifier le roi perse Anushirwan. Personne ne peut conférer de l'honneur au Messager, qui a lui-même apporté l'honneur à toute la création, et surtout à notre monde.

  • Un autre dicton très répandu, et aussi très beau, est faussement considéré comme un hadith: «La propreté fait partie de la foi». Le sens est vrai, mais il n'a pas été rapporté du Messager à travers une chaîne de transmission sure. Par contre, il a dit: «La pureté rituelle (ou la propreté du corps, de l'esprit et du cœur) représente la moitié de la foi, et al-hamdu li-Allah (louanges à Dieu) remplit la balance (où les bonnes actions seront pesées le Jour du Jugement dernier).»[38]

  • Aqiq est un endroit situé entre Médine et La Mecque. Pendant un voyage, le Messager dit à ceux qui étaient avec lui: «Installez vos tentes à Aqiq.» En arabe, le mot traduit par «installez vos tentes» est takhayyamu. Comme les points diacritiques n'étaient pas utilisés à l'écrit durant les premiers temps de l'islam, ce mot a été confondu avec takhattamu (porter une bague). De surcroît, aqiq est employé pour «cornaline». Tout cela engendra un faux hadith: «Portez une bague en cornaline», avec l'ajout: «parce que cela sauve de la pauvreté».[39]

  • «Admirer un beau visage est un acte d'adoration» est encore un faux hadith, une diffamation pure et simple contre le Messager.

  • «Recherchez le savoir même en Chine» est tout aussi faux. Il se peut que cela ait été fabriqué pour encourager l'apprentissage. On trouve néanmoins dans beaucoup de vrais hadiths du Prophète et dans le Coran ce qui poussent les musulmans à apprendre et rechercher le savoir: Parmi Ses serviteurs, seuls les savants craignent Dieu. (35:28), et: Sont-ils égaux, ceux qui savent et ceux qui ne savent pas? (39:9) De plus, le Prophète a dit: «Les anges baissent leurs ailes (par respect et humilité) devant celui qui est en quête du savoir.»[40]

Maintenant, voici des exemples de hadiths authentiques qui ont été jugés à tort comme fabriqués:

  • Imam Bukhari rapporte dans son Sahih: «Ceci est dans la Torah: 'Ô Prophète, Nous t'avons envoyé comme témoin, annonceur de bonnes nouvelles et avertisseur, ainsi qu'un refuge pour les illettrés. Tu es Mon serviteur et Mon Messager. Je t'ai appelé Moutawakkil (celui qui place sa confiance en Dieu). Il n'est ni dur ni rude, ni ne hurle dans les marchés. Il ne repousse pas le mal par le mal; au contraire, il excuse et pardonne. Dieu ne prendra pas son âme jusqu'à ce qu'il guide les égarés à croire qu'il n'y a de dieu que Dieu, qu'il redresse à travers lui la religion déformée, et ainsi qu'il ouvre les yeux aveugles, les oreilles sourdes et les cœurs scellés'.»[41]

Les Orientalistes et leurs partisans musulmans critiquent ce hadith parce qu'il a été rapporté par Abd Allah ibn Amr ibn al-As, qui rapportait parfois de Ka'b al-Ahbar. Ce qu'ils négligent de considérer est que:

-   Ce hadith ne contredit pas les caractéristiques du Messager telles qu'elles sont décrites dans le Coran et les autres sources islamiques.

-   Malgré leurs déformations et leurs altérations, la Torah et les Évangiles contiennent toujours des références au Messager. Le Coran indique cela dans plusieurs versets, parmi lesquels: Ceux qui suivent le Messager, le Prophète illettré qu'ils trouvent écrit chez eux dans la Torah et l'Évangile (7:157) et: Tu les vois inclinés, prosternés, recherchant de Dieu grâce et agrément. Leurs visages sont marqués par la trace laissée par la prosternation. Telle est leur image dans la Thora. Et l'image que l'on donne d'eux dans l'Évangile est celle d'une semence qui sort sa pousse, puis se raffermit, s'épaissit, et ensuite se dresse sur sa tige, à l'émerveillement des semeurs. (48:29) Husayn Jisri, qui vécut durant la première moitié du XXe siècle, trouva 124 allusions au Messager dans la Torah et les Évangiles. L'Évangile de Barnabé mentionne explicitement le Prophète Mohammed.

-   Ka'b al-Ahbar était un juif qui embrassa l'islam. Beaucoup de juifs et de chrétiens se convertirent ainsi, surtout pendant les premiers temps de l'expansion de l'islam en Afrique et en Asie. Ils vinrent avec leurs connaissances préalables, mais ce qui parmi elles contredisait l'islam furent soit corrigé soit rejeté. De tels Compagnons comme Abd Allah ibn Abbas, Abou Houraïra, Anas ibn Malik et Abd Allah ibn Amr ibn al-As écoutaient ce que Ka'b rapportait de la Torah. Il leur était impossible d'accepter quoi que ce fût de contraire à l'islam. Un Abd Allah ibn Amr, ascète s'il en est, profondément dévoué à l'islam et au Prophète, mentirait-il ou inventerait-il un hadith alors qu'il savait si bien quel châtiment il encourait pour un tel acte?

  • Pendant une famine et une sécheresse terribles, le calife Omar tint les mains de Abbas, l'oncle du Prophète, et pria: «Ô Dieu! Quand il était en vie, notre Prophète T'adressait des prières pour la pluie, et Tu faisais tomber la pluie. Maintenant, nous prenons son oncle comme le moyen de T'adresser une prière pour la pluie, alors envoie-nous de la pluie!»[42]

Certains, en se basant sur l'objection de Jahidh, critiquent ce hadith. Or Jahidh n'est pas un Traditioniste; loin de là, il cherchait à renier même les hadiths les plus authentiques. Son maître était Nadhdham, un matérialiste appartenant à la secte hétérodoxe des Mu'tazila. Jahidh critique ce hadith dans son Al-Bayan wa at-Tabyin comme suit:

Dans tous les hadiths attribués à Omar concernant la prière pour la pluie, il y a des défauts qui rendent leur authenticité difficilement acceptable. Dans certaines versions, il priait sur la chaire; dans d'autres, à l'extérieur; dans d'autres encore, suite à une prière prescrite. De telles confusions montrent que ces hadiths ne sont pas authentiques.

La science du hadith requiert une profonde spécialisation. Jahidh n'est pas un spécialiste; ni d'ailleurs Ibn Abi ad-Dunya, qui, bien qu'il fût un grand ascète, critiqua ce hadith dans son livre qui contient beaucoup de fautes et de hadiths fabriqués. Imam Ghazali est l'un des quelques grands réformateurs des sciences religieuses islamiques et l'un de nos plus grands guides religieux. Toutefois, si vous le mentionnez comme une référence dans une controverse au sujet d'un hadith, les Traditionistes se moqueront de vous. L'on ne consulte pas un médecin pour un problème de mécanique, et l'on ne va pas non plus chez un chimiste pour obtenir des informations et des conseils médicaux.

Deuxièmement, employer quelqu'un ou quelque chose comme un moyen pour atteindre Dieu, pourvu que vous compreniez que le moyen n'affecte pas le résultat, est permis: Ô les croyants! Craignez Dieu et cherchez le moyen de vous rapprocher de Lui. (5:35) Les Compagnons demandaient souvent au Prophète de prier en leurs noms. Un jour de sécheresse, ils lui demandèrent de prier pour avoir de la pluie. C'est ce qu'il fit, et il plut tellement (durant toute une semaine) qu'ils lui demandèrent de prier pour que la pluie d'arrêtât. Il pria sur la chaire, et les gens rentrèrent chez eux sous le soleil. Après cette faveur explicite de Dieu, le Messager dit: «J'atteste que Dieu est tout-puissant sur toutes choses, et que je suis Son serviteur et Son Messager.»[43]

Le Coran encourageait les Compagnons à demander au Messager d'implorer le pardon divin pour eux, soulignant le fait que sa prière était un moyen de paix et de tranquillité:

Nous n'avons envoyé de Messager que pour qu'il soit obéi, par la permission de Dieu. Si, lorsqu'ils ont fait du tort à leurs propres personnes ils venaient à toi en implorant le pardon de Dieu et si le Messager demandait le pardon pour eux, ils trouveraient, certes, Dieu, Très Accueillant au repentir, Miséricordieux. (4:64)

Et: Prie pour eux; ta prière est une quiétude pour eux. (9:103) Un jour un aveugle se plaignit de sa cécité au Messager. Le Messager lui conseilla de faire ses ablutions, de prier deux rak'a et de dire:

Ô Dieu, je te demande et je me tourne vers Toi pour l'amour de Ton Prophète Mohammed, le Prophète de miséricorde. Ô Mohammed, je me tourne vers mon maître en ton nom afin que mon besoin soit pourvu. Ô Dieu, accepte son intercession auprès de Toi pour moi!

L'homme fit tout cela et recouvrit la vue.[44] Pour conclure, rien dans ces hadiths ne nuit à leur authenticité.

  • Il est rapporté dans la majorité des six livres de hadiths les plus authentiques: «Si un chien lape dans l'un de vos bols, videz son contenu et nettoyez-le sept fois; la première fois avec de la terre, les six autres fois avec de l'eau.»[45]

Certains individus qui ne sont pas conscients des principes propres au hadith et des développements médicaux doutent de l'authenticité de ce hadith, malgré sa chaîne de transmission authentique et le fait qu'il représente une preuve de plus de la Prophétie de Mohammed. S'il n'avait pas été un Prophète formé par Dieu, comment aurait-il pu savoir des faits médicaux qui ne furent découverts que des siècles plus tard? Nous savons aujourd'hui que les chiens peuvent porter des microbes de certaines maladies dans leur salive et leurs excréments, et qu'ils peuvent nuire à la santé humaine s'ils sont transmis.

De plus, personne pendant l'époque du Prophète ne s'y connaissait en désinfection et stérilisation. Le Messager, étant un Prophète éduqué par l'Omniscient, recommande la terre pour nettoyer un récipient léché par un chien. Aujourd'hui, nous savons que la terre est un bon antiseptique qui contient des substances telles que la tétracycline.

Certains interprètent sept fois comme voulant dire 'autant de fois qu'il est nécessaire pour nettoyer le bol'. Les juristes Hanéfites considèrent qu'il est suffisant de le nettoyer trois fois.

  • Certains critiques contemporains, y compris le Français converti Maurice Bucaille, se hâtèrent de critiquer le hadith suivant, rapporté par Abou Houraïra: «Quand une mouche tombe dans l'un de vos récipients, trempez-là complètement dans la nourriture avant de l'en ressortir, car il y a une maladie dans l'une de ses ailes [ou côtés], et un remède dans l'autre.»[46] Les rapporteurs de ce hadith sont irréprochables. Il fut inclus par Bukhari, Abou Dawud, Nasa'i, Darimi et Ahmad ibn Hanbal.

Comme le hadith précédent, celui-ci contient une preuve de la Prophétie de Mohammed. À cette époque-là, personne ne savait que les mouches transportaient des germes. D'ailleurs, nous savons lorsqu'une mouche tombe dans un plat, elle essaie de garder une aile en dehors de la nourriture afin de pouvoir reprendre son envol. En conséquence, elle laisse des bactéries dans la nourriture. Mais quand on l'immerge dans la nourriture en la poussant un peu, le petit sac sur l'autre aile ou côté (le mot janah a les deux sens) éclate et s'ouvre pour répandre une substance anti-bactérienne qui tue les germes laissés dans la nourriture.

  • Un autre hadith authentique, mais critiqué, mentionné dans tous les livres de hadiths authentiques est: «Cela ne vaut pas la peine de se mettre en chemin pour visiter [dans le but de gagner une récompense spirituelle] tout autre mosquée que celles de al-Masjid al-Haram [La Mosquée Sacrée entourant la Ka'ba], la Mosquée du Prophète [à Médine], et al-Masjid al-Aqsa' [juste au sud du Dôme du Roc à Jérusalem].»[47] Ce hadith est critiqué parce qu'il a été rapporté par des Compagnons qui le reçurent de Ka'b al-Ahbar ou parce qu'il rend sacré la mosquée al-Masjid al-Aqsa'. Ce prétexte est sans nul fondement, car elle n'appartient pas aux juifs. Notre Prophète se tourna vers elle quand il priait à La Mecque.

C'est aussi le symbole de la domination terrestre de l'islam. Notre Prophète fut d'abord emmené à al-Masjid al-Aqsa' lors de son Ascension et y dirigea la prière devant les âmes des Prophètes précédents. Dieu en parle ainsi: La Mosquée Al-Aqsa dont Nous avons béni l'alentour. (17:1) Cette terre sainte l'entourant fut d'abord prise par le Prophète Youcha (Josué) ibn Nun après la mort de Moïse. Après le Prophète Mohammed, elle fut reprise durant le calife Omar. Salah ad-Din Ayyubi, l'un des plus grands commandants musulmans, la reprit aux Croisés. Si le Messager l'inclut parmi les trois mosquées les plus sacrées et dignes d'être visitées, malgré les difficultés du voyage, c'est parce que Dieu l'a sanctifiée.

Malgré leur caractère sacré, il est néanmoins faux de supposer qu'il faille faire une prière spéciale dans ces mosquées. Comme le rapporte Ibn Abbas, une femme promit à Dieu qu'elle prierait à al-Masjid al-Aqsa si elle recouvrait la santé. Une fois guérie, avant de partir, elle appela Maymuna (l'une des épouses du Prophète) qui lui dit:

Reste ici, surveille ta maison et prie dans la Mosquée du Prophète. J'ai entendu le Messager dire: «Une prière dans ma mosquée que voici vaut beaucoup mieux que mille prières dans toute autre, hormis la mosquée sacrée.» La prière accomplie ici est mille fois meilleure que celle qui est faite dans tout autre mosquée, sauf celle de la Ka'ba».[48]

  • Le Messager déclara: «Parmi ma communauté, il y aura toujours un groupe qui soutient la vérité jusqu'à ce que le Commandement de Dieu arrive [le Jour Dernier] et qui aura le dessus. Ceux qui s'opposent à eux ne seront pas capables de leur faire de mal.»[49]

Bien qu'il ait été cité dans presque tous les livres de hadiths authentiques et qu'il ait été prouvé par la longue histoire de l'islam, ce hadith a été soumis aux critiques les plus injustifiables. L'islam a résisté à toutes les attaques. Aucun pouvoir terrestre n'a été capable de le détruire. Même après les efforts concertés de ces trois derniers siècles, l'islam est la seule alternative, plus fort et plus frais que jamais, pour le vrai bonheur humain et la prospérité dans les deux mondes.

Dieu a préservé l'islam à chaque époque par une communauté dévouée et prête au sacrifice. Cette communauté se concentra, à une époque, à Damas, et à une autre, à Bagdad ou à İstanbul; une fois autour de Omar ibn Abd al-Aziz, et une autre fois autour de Imam Ghazali ou de Imam Rabbani, ou encore d'un autre. Aussi le monde ne manquera-t-il pas de tels groupes dans le futur.

  • Un autre hadith démenti par certains est: «Quand vous vous levez du lit, ne mettez pas vos mains dans un bol [de nourriture ou de boisson] avant de les avoir lavées trois fois. Vous ne savez pas où vos mains ont été pendant que vous dormiez.»[50]

Ahmad Amin et Abou Rayya, sous l'influence de l'Orientaliste Goldziher, ont tourné ce hadith en dérision, même s'il contient des principes d'hygiène. Les gens souffrent souvent d'allergies ou de démangeaisons. Il se peut qu'ils aient gratté les endroits affectés pendant qu'ils dormaient, accumulant ainsi les germes, particulièrement sous les ongles des mains. Si telles personnes mangent (dans des bols communs) sans se laver les mains, d'autres personnes pourront être infectées.

Le Messager dépendait toujours de la Révélation, explicitement ou implicitement. Ses Compagnons, connus pour leur honnêteté, le suivaient d'aussi près qu'ils pouvaient et rapportaient tout ce qu'ils recevaient de lui. Des Traditionistes méticuleux et amoureux de la vérité rassemblèrent des hadiths qu'ils avaient obtenus de rapporteurs fiables, dignes de confiance et droits. Certains hadiths authentiques prédisent des événements et des développements scientifiques futurs. De même qu'aucun de ceux-là n'a pu être prouvé faux jusqu'à présent, ainsi personne n'a été capable de falsifier aucun autre hadith.

La création détient encore des mystères, et continuera ainsi, malgré tous les progrès scientifiques et autres de l'être humain. Les événements psychiques ou les phénomènes surnaturels comme la télépathie et le don de double vue, la nécromancie et autres expériences transcendantales, donnent des indices de l'existence de mondes et de dimensions différentes des nôtres. Comme il est possible de trouver des références à cela dans le Coran, certains hadiths peuvent aussi être traités à partir de ce point de vue.

  • Comme il est rapporté dans les livres de hadiths authentiques, Tamim ad-Dari, un chrétien converti, parle d'une créature velue appelée «Jassasa» qu'il vit sur une île étrange, et d'un géant qui vit dans une grotte et qui se présente comme étant le Dajjal (l'Antéchrist).[51] Nous ne pouvons pas nier ce hadith à cause de présomptions positivistes, de même que nous ne saurions nier que la poitrine du Prophète a été ouverte.

  • Un autre hadith que nous pouvons en partie traiter à partir du même point de vue est que Dieu ait enjoint les 50 prières quotidiennes aux croyants durant l'Ascension du Prophète Mohammed. À son retour, Moïse l'avertit de la difficulté d'un tel ordre. Après les nombreux appels du Prophète, Dieu réduisit le nombre de prière à cinq.[52]

Il y a certains points délicats dans ce hadith. Dieu est Tout-Pardonneur. Il sait combien de prières par jour Ses serviteurs peuvent pratiquer, et Il attend d'eux qu'ils Le supplient pour obtenir Son pardon et pour réaliser leurs buts. La prière ou la supplication est un mystère de la servitude à Dieu et la pierre angulaire de la servitude. Quand les serviteurs perçoivent leur pauvreté, leur insuffisance et leur impuissance, ils viennent à dépendre de la richesse et de la puissance infinies et absolues de leur Maître, acquérant par là même un pouvoir sans mesure et une richesse intarissable. Les serviteurs doivent sans cesse se souvenir de cela afin qu'ils ne soient pas abandonnés à leurs âmes instigatrices du mal, leur moi charnel et leur ego orgueilleux. S'ils ne se souviennent pas de ces réalités, donc, ils deviennent sujets à une impuissance et une pauvreté incurables et irréparables.

Comme le Prophète Mohammed est le dernier Prophète, sa mission englobe tous les aspects et les dimensions de la Prophétie et confirme tous les Prophètes précédents. Si nous comparons la Prophétie à un énorme arbre béni avec des branches s'étendant à travers tout l'univers, le Prophète Mohammed la représente dans sa totalité. Sa Prophétie s'enracine profondément dans la mission de tous les Prophètes précédents. Il est donc naturel pour lui de profiter de ses racines.

Moïse le précéda; ainsi, désirant pour sa nation la facilité d'exécuter ses obligations religieuses, le Prophète Mohammed suivit à juste titre son conseil. Bien qu'il fût le plus grand Prophète, il ne permit jamais à ses adeptes de considérer les autres Prophètes comme inférieurs à lui.

Cette question exige de plus amples développements, tellement il y a de choses à dire dessus. Or ce sujet dépasse les limites de ce livre.

Le nombre de hadiths authentiques

Certains Orientalistes et leurs partisans musulmans essaient de semer le doute sur l'authenticité de la Sounna sous prétexte que certains Compagnons rapportent beaucoup trop de hadiths et qu'il y a un nombre extrêmement grand de hadiths.

Tout d'abord, les hadiths ne se limitent pas aux paroles du Prophète. Au contraire, ils couvrent toute sa vie: tous ses actes, ce qu'il aimait et ce qu'il n'aimait pas, et ses approbations ou ses confirmations tacites de ce que ses Compagnons disaient ou faisaient. Il vécut 23 années parmi eux en tant que Messager de Dieu. Il leur enseigna l'islam jusque dans les moindres détails. Il dirigeait la prière cinq fois par jour, dont chaque détail était enregistré, car il leur avait dit: «Priez comme vous me voyez prier.» Il jeûnait et leur expliquait tous les détails du jeûne, tout comme pour l'aumône prescrite et le pèlerinage. Rien que les fondements de la croyance et les piliers de l'islam (la prière, le jeûne, l'aumône prescrite et le pèlerinage) fournissent à eux seuls les sujets d'innombrables livres.

Etant un système universel divin qui inclut tout ce qui est lié à la vie, l'islam a des lois et des règlements pour la vie individuelle et collective: spirituelle et matérielle, sociale et économique, politique et militaire, et tous les autres aspects auxquels nous faisons face pendant la vie quotidienne. Le Prophète a établi des principes liés à eux tous. Il prévenait sans cesse ses Compagnons contre l'égarement, et les encourageait à être des serviteurs de Dieu plus dévoués, plus sensibles et plus attentifs.

Il leur parlait des nations antérieures et prédisait des événements futurs. Abou Zayd Amr ibn Akhtab disait que parfois le Prophète montait en chaire après la prière de l'aube et s'adressait à la congrégation jusqu'à midi. Ensuite, il continuait à parler après les prières de midi et de l'après-midi, pour leur raconter ce qui s'était passé depuis le commencement du monde jusqu'alors, et ce qui allait se passer jusqu'au Jour Dernier. De tels discours contenaient des informations sur les bouleversements de l'autre monde, la mort, la résurrection et le Grand Rassemblement, la mesure du poids des actions de chacun, le Jugement Dernier, le Pont, l'Enfer et le Paradis.[53]

Le Messager commandait des armées, entendait des plaintes et participait à des procès en tant que juge, et envoyait et recevait des représentants et des délégations. Il signait des traités de paix, déclarait des guerres, et envoyait des expéditions militaires. Il établissait des règles d'hygiène et des principes de bonne conduite et de haute moralité. Ses miracles se comptent par centaines. Comme il se posa en exemple à suivre par les musulmans et en raison de l'importance vitale du Hadith en islam ainsi que de l'amour de ses Compagnons pour lui, sa vie fut enregistrée du début jusqu'à la fin.

Il honora l'univers de sa qualité de Messager, sa servitude à Dieu, et sa personnalité exaltée et sans pareille. Les Compagnons, heureux témoins de sa vie, enregistrèrent tout ce qui le concernait. Quand ils se dispersèrent dans les diverses terres conquises par l'islam, les nouveaux convertis leur demandaient de rapporter des hadiths du Messager. Ils lui étaient si dévoués que leurs mémoires restèrent extraordinairement fidèles à lui.

Une fois, pendant son califat, Omar passa devant la maison de Abbas, l'oncle du Prophète, tandis qu'il allait à la prière du vendredi. Quelques gouttes de sang tombèrent de la gouttière sur sa robe. Il devint si furieux qu'il arracha la gouttière qu'il lança à terre en se disant: «Qui donc a abattu un animal sur ce toit qui a fait que son sang tache ma robe alors que je me rendais à la mosquée?» Il parvint à la mosquée et, après la prière, avertit l'assemblée: «Vous commettez des erreurs. Je passais devant tel mur sur mon chemin pour venir ici, quand soudain du sang coula de la gouttière sur ma robe. J'ai jeté la gouttière par terre.»

Cela bouleversa Abbas qui se leva d'un bond: «Ô Omar, qu'est-ce que tu as fait là?! J'ai moi-même vu le Messager poser cette gouttière là-bas.» C'était maintenant le tour de Omar d'être bouleversé. Il dit à Abbas avec beaucoup d'émotion: «Par Dieu, je poserai ma tête au pied de ce mur et tu mettras ton pied sur elle pour remettre en place la gouttière. Je ne relèverai ma tête que lorsque tu auras fait cela.» Telles étaient leur dévotion et leur fidélité au Messager.[54]

Le Messager implanta dans le cœur de ses fidèles un tel zèle pour l'apprentissage que la civilisation islamique, sous l'ombre bénie duquel une vaste partie de l'humanité vécut en paix pendant des siècles, fut construite sur les piliers de la croyance, du savoir, de la piété et de la fraternité. Dans les contrées où l'eau pure de l'islam s'écoulait, une multitude de fleurs s'épanouirent dans tous les champs de la science, et les parfums qu'elles diffusaient embaumèrent le monde entier.

Certaines de ces fleurs, comme Ibn Hajar al-Asqalani, lisent en une ou deux sessions la collection intégrale de hadiths authentiques compilée par Imam Muslim. Imam Nawawi se consacra si entièrement à l'enseignement et à l'écriture qu'il ne se maria jamais - il ne voulait pas consacrer de temps à autre chose qu'au savoir. Imam Sarakhsi, un grand juriste Hanéfite, fut emprisonné dans un puits par un roi. Pendant ce temps, il dicta de mémoire son abrégé monumental de trente volumes, Al-Mabsut, à ses élèves. Quand ses élèves lui dirent que Imam Shafi'i, le fondateur de l'école juridique Shafiite et considéré par certains comme le deuxième réformateur de l'islam, avait mémorisé 300 fascicules de hadiths, il répondit: «Il savait la zakat (un quarantième) de ce que je sais».[55]

Les œuvres de Ibn Hajar al-Asqalani, Ibn Jarir at-Tabari, Fakhr ad-Din ar-Razi, Imam Suyuti, et d'autres recouvrent tant de volumes que lorsqu'on les divise par les jours de leurs vies, l'on peut déduire qu'ils écrivaient en moyenne vingt pages par jour. Nous ne pouvons étudier ou même lire durant nos vies ce que chacun d'eux a écrit durant sa vie.

Anas ibn Sirin, fils de Muhammad ibn Sirin, l'un des plus grands savants Tabi'un, dit: «Quand je suis arrivé à Kufa, 4000 personnes suivaient des cours de hadiths dans les mosquées; 400 étaient experts en jurisprudence islamique.»[56] Pour comprendre ce que cela signifiait d'être un expert en jurisprudence islamique, considérez ceci: Ahmad ibn Hanbal, dont le Musnad contient 40 000 hadiths sélectionnés parmi les quelque un million qui circulaient, n'était pas considéré comme un expert en jurisprudence par Ibn Jarir at-Tabari. Aussi ne lui donna-t-on pas le même statut que Abou Hanifa, Imam Abou Yusuf, Imam Shafi'i, Imam Malik, et leurs semblables. Le fait que certains ne considéraient pas une grande figure telle que lui comme un expert montre les hauteurs intellectuelles et savantes qu'un juriste devait atteindre pour pouvoir passer pour un expert.

L'atmosphère générale était très propice au développement des sciences profanes et religieuses, et surtout de la science du Hadith. Chaque musulman faisait tout pour acquérir la connaissance de l'islam et reconnaître pleinement son saint Prophète. Les gens étaient particulièrement doués pour la littérature et les langues, car la poésie était très répandue pendant l'ère pré-islamique.

Le Coran apparut, avant tout, comme un unique et incomparable miracle linguistique. Aucun expert en littérature ou en poésie ne put renier son éloquence, et presque tous abandonnèrent la poésie après leur conversion afin de se consacrer au Coran et au Hadith. L'un d'eux, la poétesse Khansa, devint si profondément dévouée à l'islam que lorsque ses quatre fils tombèrent martyrs à Qadissiyah, elle loua Dieu en disant: «Ô Dieu, Tu m'as donné quatre fils, et je les ai tous sacrifiés sur Ton chemin. Milliers de louanges à Toi».[57]

La vie était très simple dans le désert. Cela permettait aux gens de se consacrer aux sciences islamiques. Aussi avaient-ils d'excellentes mémoires. Par exemple, le Messager demanda un jour à Zayd ibn Thabit d'apprendre l'hébreu; en l'espace de deux ou trois semaines, il était capable de lire et écrire des lettres en hébreu.[58] Ibn Shihab az-Zuhri, Qatada ibn Diama, Sha'bi, Ibrahim ibn Yazid an-Nakha'i, Imam Shafi'i, et beaucoup d'autres affirmaient publiquement qu'ils n'oubliaient jamais une parole après qu'ils l'avait apprise par cœur. Ils pouvaient retenir quelque chose après l'avoir lue ou entendue une seule fois.

Quand Imam Bukhari arriva à Bagdad, dix spécialistes en sciences islamiques testèrent ses connaissances en Hadith et sa mémoire. Chacun récita dix hadiths, en changeant soit l'ordre des rapporteurs dans la chaîne de transmission, soit les chaînes entre elles. Par exemple, le célèbre hadith: «Les actions ne valent que par les intentions» a la chaîne suivante (en ordre descendant): Yahya ibn Sa'id al-Ansari, de Muhammad ibn Ibrahim al-Taymi, de Alqama ibn Waqqas al-Laythi, de Omar ibn al-Khattab. Quand ils finirent, Imam Bukhari corrigea les chaînes une à une de mémoire et répéta chaque hadith avec sa propre véritable chaîne de transmission. Les savants finirent par reconnaître son érudition et ses connaissances en Hadith.[59] Ibn Khuzayma alla même jusqu'à dire: "Ni les cieux ni la terre n'ont jamais vu une seconde personne aussi savante que toi dans ce domaine».[60]

Imam Bukhari ne vendit jamais son savoir pour des gains terrestres. Quand le dirigeant de Bukhara l'invita dans son palais pour qu'il éduque ses enfants, le grand Imam refusa en disant: «Le savoir ne saurait être avili en allant aux pieds du dirigeant. Si le dirigeant aspire au savoir, qu'il vienne lui-même vers le savoir.» Le dirigeant répondit en lui demandant d'assigner un jour dans la semaine à ses enfants. Bukhari refusa à nouveau: «Je ne peux me permettre de perdre du temps à donner des leçons à vos enfants alors que je suis occupé à donner des leçons à la Oumma de Mohammed.» Le dirigeant l'exila, et cette grande figure de la science du Hadith dut passer ses derniers jours en exil.[61]

L'écriture des hadiths

Les premières compilations de hadiths furent écrites pendant le califat de Omar ibn Abd al-'Aziz, au début du deuxième siècle islamique (719-722). Toutefois, notons que tous les hadiths qui étaient rassemblés dans des livres circulaient de façon orale. D'ailleurs, la plupart avaient déjà été enregistrés dans des collections individuelles.

L'écrasante majorité des Arabes étaient illettrés. Quand la Révélation commença, un désir d'apprendre à lire et écrire fut suscité et encouragé par le Prophète. Rappelez-vous qu'il libérait les prisonniers capturés à Badr qui savaient lire et écrire seulement une fois chacun d'eux avaient enseigné la lecture et l'écriture à dix musulmans.[62] Qui plus est, la Révélation commença par ce commandement:

Lis, au nom de ton Seigneur qui a créé, qui a créé l'homme d'une adhérence. Lis! Ton Seigneur est le Très Noble, qui a enseigné par la plume [le calame], a enseigné à l'homme ce qu'il ne savait pas. (96:1-5)

Malgré l'importance attachée au savoir et à son acquisition, dans les premiers temps de sa mission de Messager, en dehors de la Révélation, le Prophète n'autorisait pas ses Compagnons à mettre à l'écrit ce qu'il disait. Par exemple, il dit: «N'écrivez pas ce que je dis. Si vous avez écrit quelque chose reçu de moi et qui ne fait pas partie du Coran, détruisez-le.»[63] Il ne voulait pas que les Compagnons confondent les versets coraniques avec ses propres paroles. Le Coran était encore en train d'être révélé et enregistré sur des feuilles ou sur des morceaux de parchemin ou de bois; il n'allait prendre sa forme finale de livre que plus tard.

C'était une précaution parfaitement compréhensible, car il voulait être sûr que les générations futures ne confondraient pas ses paroles avec celles de Dieu. Cela est très clair dans un hadith rapporté par Abou Houraïra: «Un jour, le Messager s'approcha de nous tandis que des amis écrivaient ce qu'ils l'avaient entendu dire. Il leur demanda ce qu'ils écrivaient, et ils répondirent: 'Ce que nous t'avons entendu dire.' Le Messager les avertit: 'Savez-vous que les communautés qui vous ont précédés se sont égarées parce qu'elles ont écrit ce qui ne se trouvait pas dans le Livre de Dieu?'»[64]

Une autre raison de cette prohibition est que la plupart des révélations coraniques vinrent en des occasions spécifiques. Ainsi, certains de ses versets sont clairs et concis, tandis que d'autres sont ambigus. Des versets allégoriques apparaissent à côté d'autres versets explicites et inabrogeables. Comme une communauté purement islamique continuait à évoluer, certains commandements vinrent remplacer les précédents.

En diverses occasions, le Messager devait aussi s'adresser à une grande variété de personnes aux tempéraments et aux niveaux de compréhension différents, ainsi qu'aux «nouveaux» et aux «anciens» musulmans. Par exemple, quand un nouveau converti demandait quelle était la meilleure action, il répondait que c'était la croyance et la pratique des cinq prières quotidiennes. Cependant, à une période où le djihad était la priorité, il avait dit que c'était le djihad sur le sentier de Dieu. En outre, comme l'islam est valable pour tous les temps et tous les peuples, il recourait souvent aux allégories, aux comparaisons, aux paraboles et aux métaphores.

Ces facteurs et d'autres encore l'ont peut-être conduit à interdire à certains individus d'écrire ses paroles. Si tout le monde avait conservé un registre personnel de ses paroles et était incapable de distinguer entre le réel et le métaphorique, le concret et l'abstrait, l'abrogé et l'abrogeant, le général et le particulier et l'occasionnel, il en aurait résulté chaos et malentendu. C'est pour cela que Omar avertissait parfois les gens de ne pas narrer négligemment les hadiths.

Toutefois, beaucoup de hadiths montrent que le Messager autorisait ses Compagnons à écrire ses paroles. En effet, le temps vint où les Compagnons atteignirent la maturité intellectuelle et spirituelle nécessaires pour pouvoir faire la distinction entre le Coran et le Hadith. Par conséquent, ils pouvaient désormais accorder l'attention et l'importance dues à chacun, et comprendre les circonstances liées à chaque hadith. C'est pourquoi le Messager les incita enfin à enregistrer ses hadiths.

Abou Houraïra relate: «Aucun des Compagnons du Prophète n'a rapporté de hadîth plus que moi, exception faite de Abd Allah ben 'Amrû, car lui écrivait [les hadîth], tandis que moi non.»[65] Abd Allah rapporta qu'il écrivait tout ce qu'il entendait du Messager. Certains lui dirent: «Tu prends note de tout ce qui sort de la bouche du Messager de Dieu. C'est un être humain; il est parfois en colère, et parfois content.» Abd Allah soumis l'affaire au Messager de Dieu, qui montra sa bouche bénie et dit: «Écris, car je jure par Celui qui détient mon âme dans Sa main, que seule la vérité sort d'ici.»[66]

Content ou irrité, le Messager de Dieu ne prononce rien sous l'effet de la passion; ce n'est rien d'autre qu'une révélation inspirée. (53:3-4) Comme chacune de ses paroles et de ses actions avait une portée sur l'islam, elles devaient être enregistrées. Les Compagnons accomplissaient cette tache sacrée soit en mémorisant soit en enregistrant ce qu'ils entendaient ou voyaient. Le résultat est que sa vie est la biographie la plus complète qui ait jamais existé. Chaque aspect, même dans les moindres détails, a été transmis de génération en génération. C'est pourquoi nous devons être reconnaissants envers les Compagnons et les deux ou trois générations qui les suivirent, et surtout les Traditionistes, qui enregistrèrent puis transmirent ses paroles et ses actions.

Un jour, quelqu'un se plaignit auprès du Messager: «Ô Messager de Dieu, nous entendons beaucoup de choses de toi. Mais la plupart échappent à notre esprit car nous n'arrivons pas à les mémoriser». Le Messager répondit: «Demande de l'aide à ta main droite.»[67] En d'autres termes, écris ce que tu entends. Quand Rafi' ibn Khadij demanda au Messager s'ils pouvaient écrire ce qu'ils entendaient de lui, il lui dit qu'ils pouvaient.[68] Comme le rapporte le Sunan de ad-Darimi, le Messager conseilla: «Enregistrer le savoir par l'écriture.»[69] Lors de la conquête de La Mecque, le Messager fit un sermon. Un Yéménite nommé Abou Shah se leva et dit: «Ô Messager, s'il te plaît, écris ces [paroles] pour moi.» Le Messager ordonna que cela fût fait.[70]

Ali avait une feuille qu'il attachait à son épée, sur laquelle étaient écrits des hadiths concernant entre autres le prix du sang à payer pour des blessures, la sanctification de Médine. «Je dis un fois à Ali: 'As-tu quelque chose d'écrit [autre que le Coran]? - Non, répliqua-t-il, exception faite d'une compréhension donnée à tout homme tirée du Livre de Dieu ou le contenu de ce feuillet. - Et que contient ce feuillet? - Ce qui a trait au prix du sang, à la libération des captifs (…)»[71]Ibn Abbas laissa derrière lui un chameau chargé de livres dont la plupart traitent de ce qu'il avait entendu du Messager et des autres Compagnons.[72] Le Messager envoya une lettre à Amr ibn Hazm, qui parlait du prix du sang pour le meurtre et les blessures, et de la loi du talion.[73] Cette lettre fut transmise à Abou Bakr ibn Muhammad, son arrière-petit-fils.

De même, un parchemin donné par le Messager à Abou Rafi' fut ensuite transmis à Abou Bakr ibn Abd ar-Rahman ibn Harith, l'un des Tabi'un.[74] Un grand savant de cette génération, Mujahid ibn Jabr, vit la compilation de Abd Allah ibn Amr, As-Sahifatu as-Sadiqa. Ibn Athir, un historien réputé, écrit qu'il contient environ 1000 hadiths, dont la moitié fut rapportée dans des livres de hadiths authentiques, avec tous une chaîne de Amr ibn Shu'ayb, de son père et de son grand-père.

Jabir ibn Abd Allah al-Ansari aussi laissa un livre volumineux contenant les paroles qu'il avait entendues du Messager.[75]As-Sahifatu as-Sahiha est une autre source importante de hadiths datant des tout débuts. Hammam ibn Munabbih, son compilateur, suivait Abou Houraïra partout où il allait et écrivait les paroles prophétiques qu'il rapportait. Cette compilation, publiée récemment par Muhammad Hamidullah, a été datée à l'analyse du carbone 14 à treize ou quatorze siècles plus tôt. Presque tous les hadiths qu'elle contient se trouvent aussi dans Musnad ibn Hanbal ou dans les Sahihayn de Bukhari et Muslim.

Après ces premières compilations, le calife Omar ibn Abd al-Aziz, qui régna de 719 à 722, décida que tous les hadiths écrits et non écrits (mémorisés) seraient systématiquement compilés dans des livres. Il ordonna à Abou Bakr ibn Muhammad ibn Amr ibn Hazm, le gouverneur de Médine, de contrôler cette tâche. Muhammad ibn Shihab az-Zuhri, réputé pour sa grande érudition et son intelligence, entreprit la tâche et obtint l'honneur d'être le premier compilateur officiel de hadiths.

Mais un tel honneur fut aussi accordé à d'autres: Abd al-Malik ibn Abd al-Aziz ibn Jurayj (La Mecque), Sa'id ibn Abi Aruba (Irak), Awza'i (Damas), Zayd ibn Qudama and Sufyan ath-Thawri (Kufa), Hammad ibn Salama (Basra), et Abd Allah ibn al-Mubarak (Khorasan).

La période de compilation officielle et systématique fut suivie de la période de classification par de grands Traditionistes comme Abou Dawud at-Tayalisi, Musaddad ibn Musarhad, al-Humaydi, et Ahmad ibn Hanbal, qui publièrent leurs Musnads. Abd ar-Razzaq ibn Hammam et d'autres formèrent leurs Musannafs, et Ibn Abi Dhi'b et Imam Malik produisirent leurs Al-Muwattas. Yahya ibn Sa'id al-Qattan et Yahya ibn Sa'id al-Ansari doivent aussi être mentionnés parmi les figures de proue de cette période.

Puis vint la période des célèbres Traditionistes Bukhari, Muslim, Abou Dawud, Nasa'i, Tirmidhi, et Ibn Maja, qui formèrent les six livres de hadiths les plus authentiques, bien connus de tous. Ces personnes de grande renommée, et d'autres comme Yahya ibn Ma'in, inclurent dans leurs collections ce qu'ils considéraient comme les hadiths les plus authentiques après les avoir jugés par les critères les plus strictes.

Par exemple, Imam Bukhari recherchait un hadith d'un homme connu pour sa fiabilité et sa piété. Quand il vit cet homme tenir son chapeau vers son cheval en lui faisant croire qu'il était rempli de nourriture afin de pouvoir l'attraper, il demanda à l'homme si le chapeau contenait quelque nourriture pour l'animal. Entendant une réponse négative, Bukhari repartit sans prendre de hadith de cet homme. D'après lui, celui qui était capable de tromper un animal de cette façon pouvait peut-être aussi tromper les gens. Tels étaient les critères stricts appliqués lors du jugement de la fiabilité des rapporteurs.

En bref, les Traditions Prophétiques (hadiths) étaient soit écrites soit mémorisées à l'époque des Compagnons. Quand le premier siècle islamique prit fin, ils circulaient partout sous forme écrite ou orale. Le calife Omar ibn Abd al-Aziz chargea d'éminents savants de produire la première compilation officielle dans différentes villes. Les Traditions authentiques se distinguaient de celles qui étaient fabriquées grâce à l'attention la plus scrupuleuse et aux critères les plus strictes. Après qu'ils étaient classifiés, l'une des compilations ou collections des plus systématiques et des plus précises fut entreprise par les Traditionistes les plus en vue de l'époque.

Plus tard, de nouveaux livres de Traditions authentiques virent le jour. De plus, d'illustres critiques de Hadith comme Ibn Hajar al-Asqalani, Ibn Abd al-Barr, Dhahabi, Ibn al-Jawzi, et Zayn ad-Din al-Iraqi firent un compte rendu de tous les hadiths et écrivirent de longs recueils à propos de leurs rapporteurs.

Suite à une telle effervescence de travail savant, la Sounna nous est parvenue par les chaînes les plus fiables. Personne ne peut douter de l'authenticité de cette seconde source de l'islam, qui se rapproche du Coran en pureté, authenticité et fiabilité.


[1]Bukhari, "'Ilm," 38; Muslim, "Zuhd," 72; Abu Dawud, "'Ilm," 4; Tirmidhi, "Fitan," 70
[2]Muslim, "Muqaddima," 1
[3]Bukhari, "Istitaba," 6; Abu Dawud, "Sunna," 28
[4]Ibn Maja, "Muqaddima," 3
[5]Bukhari, "'Ilm," 38; Muslim, "Zuhd," 72
[6] Darimi, "Muqaddima," 25
[7] Dhahabi, Siyar A'lam an-Nubala', 4:263
[8]Ibn Maja, "Muqaddima," 3
[9] Abu Dawud al-Tayalisi, Musnad, 248
[10] Khatib al-Baghdadi, Al-Kifaya fi 'Ilm ar-Riwaya, 178
[11]Bukhari, "Da'awat," 6
[12]Darimi, "Muqaddima," 51
[13]Tirmidhi, "Fara'idh," 10
[14]Bukhari, "'Ilm," 36, "Tefsir al-inchiqâq verset 8", 84; Muslim, "Janna," 79
[15]Bukhari, "Khusuma," 4; Muslim, "Musafirin," 270; Abu Dawud, "Witr," 22
[16]Muslim, "Birr," 58
[17] Khatib al-Baghdadi, "Ar-Rihla fi Talab al-Hadith," 118-24
[18] Ibn Sa'd, Tabaqat, 3:178; Bukhari, Al-Adab al-Mufrad, 337
[19] Al-Baghdadi, "Ar-Rihla fi Talab al-Hadith," 78; Ibn Maja, "Muqaddima," 17
[20] Khatib al-Baghdadi, Al-Kifaya fi 'Ilm ar-Riwaya, 178
[21]Muslim, "Muqaddima," 5
[22] M. 'Ajjaj al-Khatib, As-Sunna Qabl at-Tadwin, 178
[23]Muslim, "Muqaddima," 5
[24] M. 'Ajjaj al-Khatib, As-Sunna Qabl at-Tadwin, 222
[25]Ibid., 229
[26] Muslim, "Muqaddima," 5
[27] Ibn Hajar, Tahdhib at-Tahdhib, 5:176; Dhahabi, Mizan al-I'tidal, 2:401
[28] Ibn Hajar, Tahdhib at-Tahdhib, 6:84
[29] M. 'Ajjaj al-Khatib, As-Sunna Qabl at-Tadwin, 229
[30] Ibid., 234
[31] Ibn Salah, 'Ulum al-Hadith, 389
[32] 'Ajluni, Kashf al-Khafa', 1:132; 'Ali al-Qari, "Al-Asrar al-Marfu'a," 269
[33] Ibn Hajar, Tahdhib at-Tahdhib, 9:49
[34] 'Ajluni, Kashf al-Khafa', 1:33
[35] Ibid., 1:36
[36]Ibid., 1:43
[37]Ibid., 2:340
[38]Muslim, "Tahara," 1; Tirmidhi, "Da'awat," 86
[39] 'Ajluni, Kashf al-Khafa', 1:299; Daylami, Musnad al-Firdaws, 56
[40]Abu Dawud, "'Ilm," 1; Tirmidhi, "'Ilm," 19
[41] Bukhari, "Tafsir," 48/3; "Buyu'," 50; Darimi, "Muqaddima," 2
[42]Bukhari, "Istisqa'," 3; "Fadha'il al-Ashab," 11
[43]Bukhari, "Istisqa'," 14; Abu Dawud, "Istisqa'," 2; Ibn Maja, "Iqama," 154
[44]Ibn Maja, "Iqama," 189; Tirmidhi, "Da'awat," 118
[45] Muslim, "Tahara," 91; Bukhari, "Wudhu'," 33; Abu Dawud, "Tahara," 37
[46]Bukhari, "Tib," 58; Abu Dawud, "At'ima," 48; Ibn Maja, "Tib," 31;  Darimi, "At'ima," 12
[47] Bukhari, "Al-Salat fi Masjid Makka," 1; Muslim, "Hajj," 511; Tirmidhi, "Salat," 126
[48] Muslim, "Hajj," 510; Bukhari, "Masjid Makka," 1; Nasa'i, "Manasik," 124
[49]Muslim, "'Imara," 170; Bukhari, "I'tisam," 10; Abu Dawud, "Fitan," 1
[50]Abu Dawud, "Tahara," 50; Bukhari, "Wudhu'," 26; Muslim, "Tahara," 87-88
[51]Muslim, "Fitan," 119; Abu Dawud, "Malahim," 15; Ibn Maja, "Fitan," 33
[52]Bukhari, "Salat," 1; Nasa'i, "Salat," 1; Muslim, "Iman," 263; Ibn Maja, "Iqama," 194
[53]Muslim, "Fitan," 25
[54]Ibn Hanbal, 1:210
[55] Sarakhsi, Muqaddima li-Usul as-Sarakhsi, 5
[56] M. 'Ajjaj al-Khatib, As-Sunna qabl at-Tadwin, 150-51
[57] Ibn Athir, Usd al-Ghaba, 7:90
[58]Ibn Hanbal, 5:186
[59] Ibn Hajar, al-Hady as-Sari', 487
[60] Dhahabi, Tadhkirat al-Huffaz, 2:556
[61] Ibn Hajar, Tahdhib at-Tahdhib, 9:52
[62] Ibn Sa'd, Tabaqat, 2:22
[63]Muslim, "Zuhd," 72; Darimi, "Muqaddima," 42
[64] Khatib al-Baghdadi, Taqyid al-'Ilm, 34
[65]Bukhari, "'Ilm," 39
[66]Abu Dawud, "'Ilm," 3; Ibn Hanbal, 2:162; Darimi, "Muqaddima," 43
[67]Tirmidhi, "'Ilm," 12
[68] Hindi, Kanz al-'Ummal, 10:232
[69] Darimi, "Muqaddima," 43
[70] Abu Dawud, "'Ilm," 3; Tirmidhi, "'Ilm," 12
[71]Bukhari, "'Ilm," 39; Ibn Hanbal, 1:100
[72] M. 'Ajjaj al-Khatib, As-Sunna qabl at-Tadwin, 352
[73]Darimi, "Diyat," 12
[74] Khatib al-Baghdadi, "Al-Kifaya," 330
[75] Ibn Sa'd, 7:2; Khatib al-Baghdadi, "Al-Kifaya," 354

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