Djihad

Le terme djihad, au sens littéral, signifie faire de son mieux et exercer tous les efforts possibles afin d'accomplir quelque chose. Ce n'est pas l'équivalent de la guerre, qui se dit qital en arabe. Le djihad a un sens beaucoup plus large et inclut toutes sortes d'efforts pour la cause de Dieu. Un moudjahid est celui qui est sincèrement dévoué à sa cause, qui emploie toutes les ressources physiques, intellectuelles et spirituelles pour la servir, qui affronte tout pouvoir qui entrave son chemin et qui, quand cela est nécessaire, meurt pour cette cause. Le djihad sur le chemin de Dieu est notre lutte pour gagner l'agrément de Dieu, pour établir la suprématie de Sa religion et pour faire prévaloir Sa Parole.

Un principe en relation avec ce sujet, celui d'enjoindre le bien et d'interdire le mal (amr bi al-ma'ruf wa nahy 'an al-munkar), cherche à transmettre le message de l'islam et à établir une communauté islamique modèle. Le Coran présente la communauté islamique comme une communauté modèle qui est chargée d'informer l'humanité de l'islam et de la façon dont le Prophète l'a vécu: Et aussi Nous avons fait de vous une communauté de justes pour que vous soyez témoins aux gens, comme le Messager sera témoin à vous. (2:143)

Le grand djihad et le petit djihad

Il y a deux aspects du djihad. L'un consiste à se battre pour surmonter les désirs charnels et les penchants au mal - c'est le grand djihad. L'autre consiste à encourager les autres à réaliser le même objectif - c'est le petit djihad.

Tandis que l'armée musulmane rentrait à Médine après avoir vaincu l'ennemi, le Messager de Dieu leur dit: «Nous retournons du petit djihad au grand djihad.» Quand les Compagnons demandèrent ce qu'était le grand djihad, il leur expliqua qu'il s'agissait de lutter contre son moi charnel.[1]

L'objectif de ces deux djihads est que le croyant soit purifié de ses péchés et atteigne la vraie humanité. Les Prophètes furent envoyés dans ce but. Dieu dit dans le Coran:

Ainsi, Nous avons envoyé parmi vous un messager de chez vous qui vous récite Nos versets, vous purifie, vous enseigne le Livre et la Sagesse et vous enseigne ce que vous ne saviez pas. (2:151)

Les êtres humains sont en un sens comme des minerais bruts que les Prophètes doivent traiter, purifier et raffiner en descellant leurs cœurs et leurs oreilles, et en levant le voile de leurs yeux. Eclairés par le message des Prophètes, les gens peuvent comprendre le sens des lois de la nature, qui sont des signes de l'Unité et de l'Existence de Dieu, et peuvent saisir la réalité subtile qui se cache derrière les choses et les événements. C'est seulement grâce à la guidance des Prophètes que nous pouvons atteindre le haut statut que Dieu attend de nous.

En plus des signes, les Prophètes enseignaient aussi le Livre et la Sagesse à leurs peuples. Comme le Coran était la dernière Révélation faite au dernier Prophète, Dieu sous-entend le Coran quand Il parle du Livre, et la Sounna quand Il parle de la Sagesse. Nous devons donc suivre le Coran et la Sounna du Prophète si nous désirons être bien guidés.

Le Prophète nous enseigne aussi ce que nous ne savons pas, et ainsi l'humanité continuera à apprendre de lui jusqu'au Jour du Jugement. C'est de lui que nous apprenons à nous purifier du péché. C'est en suivant son chemin que beaucoup de grands saints ont pu obtenir cette distinction. Parmi eux, Ali dit que sa croyance est si ferme que même si le voile de l'Invisible se levait, sa certitude n'augmenterait pas.[2] Il est rapporté que Abd al-Qadir al-Jilani pouvait voir les mystères du septième ciel. Ceux-ci et beaucoup d'autres tels que Foudhayl bin 'Iyadh, Ibrahim bin Adham et Bishr al-Khafi auraient bien pu être dotés de la qualité de Prophète, si Dieu n'avait pas déjà scellé la Prophétie.

Les sombres nuages de l'ignorance ont été dissipés de notre horizon intellectuel par la guidance du Prophète Mohammed, et beaucoup d'autres progrès seront faits dans les sciences et les technologies grâce à la lumière qu'il a apportée de Dieu.

Le djihad est le legs des Prophètes, et la Prophétie est la mission qui consiste à élever les hommes à la faveur de Dieu en les purifiant. Djihad est le nom donné à cette mission prophétique, qui a le même sens que se porter témoin de la vérité. De même que les juges écoutent les témoins pour régler une affaire, de même ceux qui ont accompli le djihad ont porté témoignage de l'Existence et de l'Unité de Dieu en luttant sur Son chemin. Le Coran dit: Dieu atteste, et aussi les anges et les doués de science, qu'il n'y a point de divinité à part Lui, le Mainteneur de la justice. Point de divinité à part Lui, le Puissant, le Sage! (3:18) Ceux qui ont fait le djihad attesteront aussi la même vérité dans la Cour Céleste, où l'affaire des incroyants sera réglée.

Ceux qui attestent l'Existence et l'Unité de Dieu vont aux quatre coins du monde pour prêcher cette vérité. Tel fut le devoir des Prophètes, comme le dit le Coran, et ce doit être aussi notre devoir:

(…) en tant que messagers, annonciateurs et avertisseurs, afin qu'après la venue des messagers il n'y eût pour les gens point d'argument devant Dieu. Dieu est Puissant et Sage. Mais Dieu témoigne de ce qu'Il a fait descendre vers toi, Il l'a fait descendre en toute connaissance. Et les anges en témoignent. Et Dieu suffit comme témoin. (4:165-66)

Dieu a envoyé un Prophète à tous les peuples afin que chacun puisse avoir une idée de la Prophétie. Terme employé pour décrire la fonction de la Prophétie, le djihad est profondément gravé dans le cœur de chaque croyant afin qu'il éprouve pleinement sa responsabilité de transmettre la vérité dans le but de guider les autres vers le Droit Chemin.

Le petit djihad, qui est souvent compris comme le fait de se battre pour la cause de Dieu, ne se réfère pas uniquement au combat militaire. Le terme a un sens très large qui inclut toute action faite pour l'amour de Dieu. Que ce soit en parlant ou en gardant le silence, en souriant ou en se renfrognant, en se joignant à une assemblée ou en la quittant, toute action entreprise par des individus ou par des communautés pour améliorer le sort de l'humanité entre dans la définition du djihad.

Tandis que le petit djihad dépend de la mobilisation de touts les équipements matériels et est accompli dans le monde extérieur, le grand djihad signifie le combat d'une personne contre son moi charnel. Ces deux formes de djihad ne peuvent pas être séparées.

Le Messager de Dieu nous a appris accomplir les deux formes de djihad. Il a établi les principes de la prédication de la vérité, qui sont valables jusqu'au Jour du Jugement. Quand nous analysons sa façon d'agir, nous voyons qu'il était très méthodique; ce qui est une preuve de plus de sa Prophétie et un merveilleux exemple de la poursuite de la voie de Dieu par son comportement.

Grâce au djihad, les croyants gardèrent une foi vigoureuse et active. De même qu'un arbre conserve ses feuilles aussi longtemps qu'il porte des fruits, ainsi les croyants préservent-ils leur vigueur aussi longtemps qu'ils accomplissent le djihad. Chaque fois que vous rencontrez un pessimiste plongé dans le désespoir, vous réalisez très vite qu'il a abandonné le djihad. De telles personnes ont perdu l'espoir et ont sombré dans le pessimisme parce qu'elles ont cessé de prêcher la vérité. Quiconque fait le djihad sans relâche ne perd pas son enthousiasme et essaie toujours d'élargir le champ de ses activités. Chaque bonne action résulte en une nouvelle bonne action, de façon à ce que les croyants ne deviennent jamais privés d'un bien: Et quant à ceux qui luttent pour Notre cause, Nous les guiderons certes sur Nos sentiers, Dieu est en vérité avec les bienfaisants. (29:69)

Il existe autant de chemins qui mènent au Droit Chemin que de souffles respirés parmi la création. Quiconque fait des efforts pour Sa cause est guidé, par Dieu, à l'un de ces chemins et est sauvé de l'égarement. Quiconque est guidé par Dieu vers Son Droit Chemin mène une vie équilibrée. Ceux-la n'excèdent jamais les limites ni dans leurs activités et besoins humains, ni dans leurs actes d'adoration et autres pratiques religieuses. Un tel équilibre est le signe d'une vraie guidance.

Tous les sacrifices faits en combattant les incroyants tyranniques, si grands soient-ils, font néanmoins partie du petit djihad qui consiste en l'effort de s'acquitter de ses obligations religieuses aussi parfaitement que possible. Le grand djihad est bien plus difficile à accomplir puisqu'il exige de nous que nous luttions contre nos propres pulsions destructrices telles que l'arrogance, l'esprit de vengeance, la jalousie, l'égoïsme, la vanité et les désirs charnels.

Bien que celui qui abandonne le petit djihad s'expose à la détérioration spirituelle, il aura toutefois la possibilité de se ressaisir. Tout dans l'univers loue et glorifie Dieu avec chaque souffle et est, par suite, un signe de l'Existence et de l'Unité de Dieu. Une personne peut être guidée vers le Droit Chemin grâce à l'un de ces signes. C'est pour cette raison que l'on dit qu'il y a autant de voies conduisant au Droit Chemin de Dieu qu'il y a de souffles émis par toutes Ses créatures. Une personne rentrant du petit djihad est vulnérable aux faiblesses de ce monde. La fierté, l'amour du confort et de l'aisance peuvent la captiver. Ainsi, le Prophète nous avertit à travers ses Compagnons en disant, en rentrant à Médine après une victoire: «Nous rentrons du petit djihad au grand djihad.»

Les Compagnons étaient sans peur sur les champs de bataille, et étaient aussi sincères et humbles que des derviches dans l'adoration de Dieu. Ces guerriers victorieux passaient la plupart de leurs nuits à prier Dieu. Un jour, quand la nuit tomba durant une bataille, deux d'entre eux montèrent la garde à tour de rôle. L'un se reposait tandis que l'autre priait. Découvrant cette situation, l'ennemi lança une pluie de flèches sur lui. Il fut touché et saigna profusément, mais n'abandonna pas sa prière. Quand il termina ses dévotions, il réveilla son ami qui, ahuri, lui demanda pourquoi il n'avait pas arrêté plus tôt. Il répondit: «J'étais en train de réciter la sourate Al-Kahf et je ne souhaitais pas interrompre le plaisir intense que je ressentais dans ma prière.»[3]

Pendant la prière, les Compagnons s'élevaient à un état d'extase comme s'ils entraient en transe, et ils récitaient le Coran comme s'il leur était directement révélé. Ainsi, ils ne ressentaient pas la douleur causée par les flèches qui pénétraient leurs corps. Le djihad, le petit comme le grand, se manifestait totalement en eux.

Le Prophète combinait ces deux aspects du djihad de la façon la plus parfaite en sa propre personne. Il montrait un courage extraordinaire sur le champ de bataille. Ali, l'un des plus vaillants combattants de l'islam, avoue que les Compagnons s'abritaient derrière le Prophète dans les moments les plus critiques du combat.

Les étapes du djihad et ses principaux objectifs.

La première révélation au Messager fut l'ordre: Lis! Cet ordre, venant à un moment où il n'y avait concrètement rien à lire dans l'immédiat, impliquait que les croyants devraient utiliser leurs facultés intellectuelles et spirituelles pour discerner les actes de Dieu dans l'univers et Ses lois liées à sa création et à son fonctionnement. À travers un tel discernement, les croyants cherchent à purifier leurs êtres et leurs âmes de toutes les superstitions et ignorances et à acquérir le vrai savoir grâce à l'observation et à la contemplation.

Nous ne sommes pas composés uniquement d'esprits. Dieu nous a dotés de nombreuses facultés, dont chacune a besoin d'être satisfaite. Alors tout en nourrissant nos esprits avec les signes divins dans l'univers, nous cherchons à nettoyer nos cœurs du péché. Etant conscients du contrôle divin, nous menons une vie équilibrée et cherchons continuellement le pardon de Dieu. De cette manière, nous parvenons enfin à triompher de notre désir pour les choses interdites et, à travers la prière, implorons Dieu de nous permettre de faire des bonnes actions.

Lis! signifie donc l'action. Pour Mohammed, dont l'âme était absolument pure et exempte de toute superstition, cela voulait dire qu'il était temps pour lui de commencer sa mission de Messager de Dieu. Il allait réciter la Révélation en public et enseigner aux gens les signes de Dieu. En faisant cela, il allait purifier leurs esprits des superstitions héritées de l'Ere de l'Ignorance, et purifier leurs cœurs du péché. Il allait les éclairer, intellectuellement et spirituellement, en les instruisant grâce au Livre Révélé de Dieu (le Coran) et à Son Livre Créé (l'univers):

Ainsi, Nous avons envoyé parmi vous un messager de chez vous qui vous récite Nos versets, vous purifie, vous enseigne le Livre et la Sagesse et vous enseigne ce que vous ne saviez pas. (2:151)

Après qu'il eut reçu cette première révélation, le Messager rentra chez lui dans une grande émotion. Il dormait enveloppé dans un manteau, préoccupé par la souffrance de sa nation et de sa lourde responsabilité, quand Dieu lui ordonna:

Ô toi, l'enveloppé [dans tes vêtements]! Lève-toi [pour prier], toute la nuit, excepté une petite partie; Sa moitié, ou un peu moins; ou un peu plus. Et récite le Coran, lentement et clairement. Nous allons te révéler des paroles lourdes (très importantes). (73:1-5)

La courte période entre la première révélation et la propagation de l'islam, marquée par des versets comme celui-là, était une étape préliminaire pour le Messager. Il devait se préparer à transmettre le Coran en veillant de longues nuits et en récitant le Coran lentement et clairement.[4]

En plus de transmettre le Message, le djihad, comme nous l'avons dit plus haut, entraîne la lutte du croyant avec son moi charnel afin de construire un authentique caractère spirituel qui déborde de foi et qui brûle d'amour. Ces deux dimensions du djihad continuent jusqu'à ce que le croyant meure (la sphère individuelle) et jusqu'au Jour Dernier (la sphère collective). Par conséquent, peu après que ce verset fut révélé, le Messager reçut la révélation suivante:

Ô toi (Mohammed)! Le revêtu d'un manteau! Lève-toi et avertis. Et de ton Seigneur, célèbre la grandeur. Et tes vêtements, purifie-les. Et de tout péché, écarte-toi. Et ne rappelle pas le bienfait en l'estimant grand-chose. Et pour ton Seigneur, endure. (74:1-7)

Ces révélations ordonnaient au Prophète de se mettre à prêcher l'islam. Il commença avec les membres de sa famille et ses plus proches parents puis, après que le verset Et avertis les gens (de ta tribu) qui te sont les plus proches (26:214) fut révélé, il étendit cet appel à toute sa tribu. Sa prédication qui s'ensuivit fut accueillie avec dérision, menaces, torture, tentatives de corruption pour qu'il arrête et boycott.

À La Mecque, le Messager n'eut jamais recours aux représailles et ne les autorisa pas non plus à son groupe. L'islam ne vint pas pour semer le désordre ou pour provoquer des dissensions, mais plutôt, comme le dit Amir ibn Rabi',[5]pour tirer les gens des ténèbres à la lumière de la foi, pour les libérer de l'asservissement à tout autre que Dieu afin qu'ils puissent servir le Seul Vrai Dieu, et pour les élever des abîmes de la terre aux hauteurs célestes.

Comme l'islam signifie littéralement «paix, salut et soumission», il est évidemment venu pour établir la paix - tout d'abord dans notre monde intérieur afin que nous soyons en paix avec Dieu et avec notre environnement naturel, puis à travers le monde et l'univers. La paix et l'ordre sont fondamentaux en islam, religion qui cherche à créer une atmosphère de paix aux niveaux personnel et collectif. Elle s'abstient tant que possible de recourrir à la force, n'approuve jamais l'injustice et interdit l'effusion de sang:

Quiconque aura tué un être humain sans que celui-ci ait commis un homicide ou semé le désordre sur terre sera censé avoir tué l'humanité entière. Celui qui aura sauvé la vie d'un seul homme sera tenu pour le sauveur du genre humain. (5:32)

Apparu pour éradiquer l'injustice et la corruption, et pour «unifier» le terrestre avec le céleste dans la paix et l'harmonie, l'islam appelle les gens avec la sagesse et la bonne exhortation. L'islam ne recourt à la force que si les défenseurs de la corruption, qui prend racine dans l'injustice, l'oppression, l'intérêt personnel, l'exploitation et l'usurpation des droits d'autrui, cherchent à empêcher sa prédication pacifique et à l'éliminer. Par suite, la force n'est autorisée que dans les cas suivants:

  • Si les incroyants, les polythéistes, ou ceux qui causent la corruption et le chaos résistent activement à la prédication de l'islam et empêchent les autres d'écouter son message. Comme l'islam est une religion divine qui cherche à assurer le bien-être et le bonheur des autres dans les deux mondes, elle a le droit de se faire connaître. Si cela n'est pas permis, en théorie, ses opposants doivent faire face à trois alternatives: accepter l'islam, permettre sa prédication pacifique, ou admettre son règne. S'ils rejettent l'une de ces alternatives, l'usage de la force devient autorisé.

Toutefois, il convient de mentionner un point important. Pour pouvoir utiliser la force, il doit obligatoirement y avoir un Etat islamique. Cela ne fut permis qu'après que le Prophète émigra à Médine et qu'il établit un Etat indépendant, vu les traitements injustes que le musulmans subissaient. Les versets révélés pour donner une telle permission expliquent la vision que l'islam a de la guerre juste:

Autorisation est donnée à ceux qui sont attaqués (de se défendre) - parce que vraiment ils sont lésés; et Dieu est certes capable de les secourir - ceux qui ont été expulsés de leurs demeures, - contre toute justice, simplement parce qu'ils disaient: "Dieu est notre Seigneur". - Si Dieu ne repoussait pas les gens les uns par les autres, les ermitages seraient démolis, ainsi que les églises, les synagogues et les mosquées où le nom de Dieu est beaucoup invoqué. Dieu soutient, certes, ceux qui soutiennent (Sa Religion). Dieu est assurément Fort et Puissant. Ceux qui, si Nous leur donnons la puissance sur terre, accomplissent la salat [prière rituelle], acquittent la zakat, ordonnent le convenable et interdisent le blâmable. Cependant, l'issue finale de toute chose appartient à Dieu. (22:39-41)

Il est clair à partir de ces versets et de l'histoire que l'islam n'emploie la force que pour se défendre et pour établir la liberté de croyance. Sous le règne musulman, chrétiens, juifs, zoroastriens, hindous et adeptes d'autres religions ont pu pratiquer librement leur religion. Même beaucoup d'historiens et d'écrivains occidentaux admettent unanimement que les chrétiens et les juifs ont vécu la période la plus heureuse et prospère de leur histoire sous le règne musulman.

•    Etant la vraie religion révélée par Dieu, l'islam n'approuve jamais l'injustice. Comme le déclare ce verset: Et Nous avons certes écrit dans les Psaumes, après l'avoir mentionné (dans le Livre céleste), que la terre sera héritée par Mes bons serviteurs" (21:105), les bons serviteurs de Dieu doivent soumettre la terre à Son règne, qui se fonde sur la justice absolue et sur l'adoration du Dieu unique. Ils sont aussi obligés de lutter jusqu'à ce que la persécution, ainsi que toute adoration et obéissance aux fausses déités et aux tyrans soit supprimée. Ainsi les musulmans doivent-ils se battre pour les faibles et les opprimés:

Et qu'avez vous à ne pas combattre dans le sentier de Dieu, et pour la cause des faibles: hommes, femmes et enfants qui disent: "Seigneur! Fais-nous sortir de cette cité dont les gens sont injustes, et assigne-nous de Ta part un allié, et assigne-nous de Ta part un secoureur". (4:75)

Quelques règles

Comme les croyants ne peuvent pas transgresser les limites imposées par Dieu, ils doivent observer Ses règles concernant le combat. Certaines sont déduites directement du Coran et de la Sounna:

  • Les croyants sont ceux de qui Dieu a acheté (…) leurs personnes et leurs biens en échange du Paradis. (9:111) Ils se consacrent uniquement à Sa cause et ne recherchent que Son agrément. Par conséquent, quiconque se bat pour d'autres causes (comme la gloire, la richesse, les considérations idéologiques ou raciales) se voit exclu de l'agrément de Dieu.
  • Combattez dans le sentier de Dieu ceux qui vous combattent, et ne transgressez pas. Certes, Dieu n'aime pas les transgresseurs! (2:190) Il est dit aux croyants de ne pas combattre les partis neutres et de ne pas adopter de méthodes sans scrupules, les carnages et les pillages, qui caractérisent les guerres menées par les non-musulmans. Parmi les excès auxquels il est fait allusion, nous trouvons: combattre les femmes et les enfants, les vieillards et les blessés, mutiler les cadavres des ennemis, détruire les champs et le bétail, et commettre d'autres atrocités et injustices. La force ne doit être utilisée que lorsque cela s'avère inévitable, et seulement quand cela est absolument nécessaire.
  • Quand le combat ne peut être évité, le Coran dit aux croyants de ne pas s'esquiver. Au contraire, ils doivent se préparer, aussi bien moralement que spirituellement, et prendre les précautions nécessaires. Celles-ci sont:

-   tâcher d'atteindre cet état spirituel où 20 musulmans sont capables de vaincre 200 ennemis:

Ô Prophète, incite les croyants au combat. S'il se trouve parmi vous 20 endurants, ils vaincront 200; et s'il s'en trouve 100, ils vaincront 1000 mécréants, car ce sont vraiment des gens qui ne comprennent pas. (8:65)

Ceux qui étaient convaincus qu'ils auront à rencontrer Dieu dirent: "Combien de fois une troupe peu nombreuse a, par la grâce de Dieu, vaincu une troupe très nombreuse! Et Dieu est avec les endurants". (2:249)

Pour atteindre un tel rang, les musulmans doivent avoir une foi et une confiance en Dieu inébranlables, et s'abstenir tant que possible de tous péchés. La croyance et la piété ou la droiture sont deux armes incassables, deux sources intarissables de pouvoir. Ne vous laissez pas battre, ne vous affligez pas alors que vous êtes les supérieurs, si vous êtes de vrais croyants (3:139), Et la fin (heureuse) sera aux pieux. (7:128)

-   en plus de la force morale, les croyants doivent se munir de l'armement le plus moderne. Puisque la force est vitale pour l'obtention du résultat souhaité, les croyants ne peuvent pas se permettre de l'ignorer. Loin de là, ils se doivent d'être en avance sur les incroyants en sciences et en technologie afin que ces derniers ne puissent pas utiliser leur supériorité au profit de leurs propres intérêts égoïstes. L'islam stipulant que «le droit prime la force», les croyants doivent être capables d'empêcher que les incroyants et les tyrans ne montrent que «la force prime le droit»:

Et préparez [pour lutter] contre eux tout ce que vous pouvez comme force et comme cavalerie équipée, afin d'effrayer l'ennemi de Dieu et le vôtre, et d'autres encore que vous ne connaissez pas en dehors de ceux-ci mais que Dieu connaît. Et tout ce que vous dépensez dans le sentier de Dieu vous sera remboursé pleinement et vous ne serez point lésés. (8:60)

Un Etat islamique doit être assez puissant pour dissuader les attaques des incroyants et des oppresseurs, ainsi que leurs plans pour assujettir les plus faibles. Il doit être capable d'assurer la paix et la justice, et d'empêcher toute autre puissance de causer des troubles et la corruption. Cela sera possible quand les musulmans s'équiperont d'une foi forte et d'une grande piété, et aussi des connaissances scientifiques et de la technologie moderne. Ils doivent combiner la science et la technologie à la foi et la moralité, puis employer cette force pour le bien de l'humanité.

La croyance en Dieu appelle à servir les gens. Plus la foi est grande et plus le porteur de cette foi se sent concerné par le bien-être des créatures. Quand les musulmans atteindront ce rang, jamais Dieu ne donnera une voie aux mécréants contre les croyants. (4:141) Autrement, la prédiction du Prophète se réalisera: «(Les forces de l'incroyance) s'uniront pour lancer une attaque commune contre vous. Ils vous arracheront le pain de la bouche et pilleront vos tables.»[6]

-   quand le combat s'avère nécessaire, les musulmans doivent répondre à l'appel car:

Ô vous qui croyez! Qu'avez-vous? Lorsque l'on vous a dit: "élancez-vous dans le sentier de Dieu"; vous vous êtes appesantis sur la terre. La vie présente vous agrée-t-elle plus que l'au-delà? - Or, la jouissance de la vie présente ne sera que peu de chose, comparée à l'au-delà! Si vous ne vous lancez pas au combat, Il vous châtiera d'un châtiment douloureux et vous remplacera par un autre peuple. Vous ne Lui nuirez en rien. Et Dieu est Omnipotent. (9:38-39)

Dieu aime ceux qui combattent dans Son chemin en rangs serrés pareils à un édifice renforcé. (61:4)

Ô vous qui avez cru! Vous indiquerai-je un commerce qui vous sauvera d'un châtiment douloureux? Vous croyez en Dieu et en Son messager et vous combattez avec vos biens et vos personnes dans le chemin de Dieu, et cela vous est bien meilleur, si vous saviez! Il vous pardonnera vos péchés et vous fera entrer dans des Jardins sous lesquels coulent les ruisseaux, et dans des demeures agréables dans les jardins d'Eden? Voilà l'énorme succès et il vous accordera d'autres choses encore que vous aimez bien: un secours [venant] de Dieu et une victoire prochaine. Et annonce la bonne nouvelle aux croyants. (61:10-13)

-   une communauté bien structurée fonctionnant comme un corps, elle a besoin d'une «tête» (un chef) douée d'«intelligence». Par conséquent, l'obéissance au chef est vitale pour la prospérité de la communauté. Alors que le Messager était élevé en Arabie, le peuple ressemblait aux grains éparpillés d'un chapelet brisé et n'avait pas conscience du besoin d'obéissance et des avantages de la vie collective. Le Messager leur inculqua le sentiment d'obéissance à Dieu, à Son Messager et à leurs supérieurs, et utilisa l'islam comme une corde solide pour les unifier:

Ô les croyants! Obéissez à Dieu, et obéissez au Messager et à ceux d'entre vous qui détiennent le commandement. Puis, si vous vous disputez en quoi que ce soit, renvoyez cela à Dieu et au Messager, si vous croyez en Dieu et au Jour dernier. Ce sera bien mieux et de meilleure interprétation (et aboutissement). (4:59)

Ô vous qui croyez! Lorsque vous rencontrez une troupe (ennemie), soyez fermes, et invoquez beaucoup Dieu afin de réussir. Et obéissez à Dieu et à Son messager; et ne vous disputez pas, sinon vous fléchirez et perdrez votre force. Et soyez endurants, car Dieu est avec les endurants. (8:45-46)

Le sentiment d'obéissance qu'avaient les Compagnons rendit possible beaucoup de choses qui étaient auparavant impossibles. Par exemple, quand le Messager désigna un jeune homme de 18 ans, fils d'un esclave noir affranchi, comme commandant d'une armée comptant beaucoup de personnes plus âgées parmi lesquelles Abou Bakr, Omar et Othman, aucun Compagnon ne fit d'objection.[7] Dans un autre cas, lors d'une expédition militaire, le commandant ordonna à ses soldats de se jeter au feu. Même si cet ordre n'était pas conforme aux principes islamiques, certains essayèrent d'obéir. Cependant, d'autres les empêchèrent de se suicider et les persuadèrent de demander au Messager s'ils devaient obéir à de tels ordres non-islamiques.[8] Bien qu'il soit illégitime d'obéir à des ordres poussant au péché, l'obéissance à la loi est d'une importance capitale pour la survie d'une communauté, surtout si elle veut gagner une guerre.

-   Les croyants doivent persévérer et n'ont pas le droit de fuir le champ de bataille:

Ô vous qui croyez quand vous rencontrez (l'armée) des mécréants en marche, ne leur tournez point le dos. Quiconque, ce jour-là, leur tourne le dos, - à moins que ce soit par tactique de combat, ou pour rallier un autre groupe, - celui-là encourt la colère de Dieu et son refuge sera l'Enfer. Et quelle mauvaise destination! (8:15-16)

Déserter le champ de bataille est l'un des sept péchés capitaux, car cela provoque le désordre dans les rangs et démoralise les autres. Leur croyance en Dieu ne peut pas être ferme car leurs actions montrent qu'ils préfèrent cette vie à l'au-delà. Les croyants peuvent quitter le champ de bataille seulement dans le but de manœuvrer, comme une tactique, ou de rejoindre une autre troupe.

Dans la Bataille de Yarmouk (636), 20 000 vaillants musulmans combattirent et vainquirent 200 000 Byzantins.[9] Qabbas ibn Ashyam, l'un de ces héros, ne se rendit compte qu'il avait perdu une jambe que quelques heures après quand il dut descendre de son cheval. Plus tard, son petit-fils se présenta au calife Omar ibn Abd al-'Aziz en ces termes: «Ô Calife, je suis le petit-fils de celui qui a perdu sa jambe à midi mais ne s'en aperçut qu'en fin d'après-midi.»

Pendant la Bataille de Mou'ta (629), l'armée musulmane consistait en 3000 soldats tandis que les forces byzantines comptaient environ 100 000 hommes. Les musulmans menèrent un combat héroïque et les deux armées battirent en retraite en même temps. Malgré cela, les musulmans crurent qu'ils avaient fui le champ de bataille et eurent donc honte de faire ainsi face au Messager. Cependant, il les accueillit et les consola: «Vous n'avez pas déserté; vous vous êtes retirés pour me rejoindre. Vous allez reprendre des forces et les combattre à nouveau.»[10] Tout se passa comme il l'avait dit. En effet, juste avant sa mort, l'armée musulmane fit une incursion dans le sud de la Syrie, et deux ans plus tard, porta un coup fatal aux Byzantins à Yarmouk.


[1] 'Ajluni, Kashf al-Khafa', 1:424.
[2] Imam Rabbani, Ahmad Faruq as-Sarhandi, Maktubat, 1:157.
[3] Ibn Hanbal, Musnad, 3:344; 359.
[4] Comme chacun sait, les veillées de prières pendant la nuit offrent des instants où l'effet est plus fort et la récitation plus pénétrante.
[5] L'envoyé musulman au commandant perse pendant la guerre de Qadissiya. Elle eut lieu en 637, pendant le califat de 'Omar.
[6]Abu Dawud, "Malahim," 5; Ibn Hanbal, 5:278.
[7]Muslim, "Fadha'il as-Sahaba," 63; Ibn Kathir, Al-Bidaya, 6:336.
[8] Muslim, "'Imara," 39; Ibn Maja, "Jihad," 40.
[9] Cette bataille eut lieu pendant le califat de Abou Bakr. (Tr.)
[10] Abu Dawud, "Jihad," 96; Tirmidhi, "Jihad," 36; Ibn Hanbal, 2:70, 86.

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