L'infaillibilité

L'infaillibilité est un attribut nécessaire aux Prophètes. Le mot arabe traduit ici par «infaillibilité» est 'isma, qui signifie protéger, sauver ou défendre. Il apparaît dans le Coran sous diverses formes. Par exemple, quand le Prophète Noé demanda à son fils d'embarquer sur l'Arche lors du Déluge, ce dernier répondit: "Je vais me réfugier vers un mont qui me protégera de l'eau". Et Noé lui dit: "Il n'y a aujourd'hui aucun protecteur [protégeant: participe présent] contre l'ordre de Dieu. (11:43)

La femme d'un grand officier égyptien, nommé Putiphar dans la Bible (Genèse 39:1), utilise le même mot: J'ai essayé de le séduire mais il s'en défendit fermement. (12:32) Le Coran appelle les croyants à tenir fermement la corde de Dieu (à savoir le Coran et l'islam) en employant le même mot sous une forme différente: Et cramponnez-vous tous ensemble au "Habl" (corde) de Dieu et ne soyez pas divisés. (3:103) Aussi rencontrons-nous ce mot dans le verset suivant: Et Dieu te protégera des gens. (5:67) L'infaillibilité des Prophètes est un fait établi qui se fonde sur la raison et la tradition prophétique. Cette qualité est requise pour plusieurs raisons.

Premièrement, les Prophètes sont apparus pour transmettre le Message de Dieu. Si nous comparons ce Message à la lumière ou à l'eau pures (13:17, 24:35), l'archange Gabriel (qui l'apporta) et le Prophète (qui le transmit) doivent aussi être parfaitement purs. Si ce n'était pas le cas, leur impureté polluerait le Message. Toute chute est une impureté, une tache noire dans le cœur. Les âmes ou les cœurs de Gabriel et du Prophète sont comme des miroirs brillants qui reflètent la révélation divine aux gens, une coupe immaculée à laquelle les êtres humains viennent se désaltérer avec une eau pure et divine.

Toute tache noire sur ce miroir absorberait un rayon de cette lumière; une seule goutte de boue suffirait à troubler l'eau. Par conséquent, sans infaillibilité les Prophètes ne seraient pas capables de transmettre le Message dans son intégralité. Or ils le communiquèrent entièrement et parfaitement, comme le confirme le Coran:

Ô Messager, transmets ce qui t'a été descendu de la part de ton Seigneur. Si tu ne le faisais pas, alors tu n'aurais pas communiqué Son message. Et Dieu te protégera des gens. Certes, Dieu ne guide pas les gens mécréants. (5:67)

Aujourd'hui, J'ai parachevé pour vous votre religion, et accompli sur vous Mon bienfait. Et J'agrée l'islam comme religion pour vous. (5:3)

Deuxièmement, les Prophètes enseignent à leurs peuples tous les principes de croyance et de conduite. Pour que les gens puissent apprendre leur religion dans sa vérité et sa pureté originales, et aussi parfaitement que possible afin d'assurer leur bonheur et leur prospérité dans les deux mondes, les Prophètes doivent représenter puis présenter la Révélation sans nulle faute ni défaut. Telle est leur fonction en tant que guides et modèles à suivre:

En effet, vous avez dans le Messager de Dieu un excellent modèle [à suivre], pour quiconque espère en Dieu et au Jour Dernier et invoque Dieu fréquemment. (33:21)

Certes, vous avez eu un bel exemple en Abraham et en ceux qui étaient avec lui (…)Vous avez certes eu en eux un bel exemple, pour celui qui espère en Dieu et en le Jour Dernier. (60:4,6)

Un Prophète ne peut faire ou dire que ce qui a été sanctionné par Dieu. S'il pouvait agir autrement, même le repentir de toute une vie ne suffirait pas. Par exemple, le Jour du Jugement, Abraham dira à ceux qui lui demanderont son intercession d'aller voir Moïse, expliquant qu'il ne pouvait pas intercéder pour eux car il avait parlé trois fois de façon allusive dans sa vie.[1] Bien que cela ne constitue pas un péché, son repentir continuera de cette façon dans l'au-delà.

Troisièmement, le Coran enjoint aux croyants d'obéir à tous les ordres et les interdictions du Prophète, sans exception, et souligne qu'il n'appartient pas à un croyant ou à une croyante, une fois que Dieu et Son messager ont décidé d'une chose, d'avoir encore le choix dans leur façon d'agir. (33:36) Le Coran avertit aussi que La seule parole des croyants, quand on les appelle vers Dieu et Son messager, pour que celui-ci juge parmi eux, est: "Nous avons entendu et nous avons obéi". (24:51) L'obéissance absolue à un Prophète implique que tous ses ordres et ses interdictions sont corrects et irréprochables.

La Prophétie est une si grande faveur que tous les Prophètes supportaient des douleurs extrêmes quand ils remplissaient leur devoir de remerciement au Seigneur, et vivaient toujours dans l'inquiétude de ne pas avoir suffisamment adoré Dieu. Le Prophète Mohammed implorait souvent Dieu comme suit:

Gloire à Toi. Nous n'avons pas été capables de Te connaître comme Ta connaissance le requiert, ô Le Très Connu! Gloire à Toi. Nous n'avons pas été capables de T'adorer comme Ton adoration le requiert, ô Le Très Adoré!

Les versets coraniques que l'on comprend parfois - à tort - comme des réprimandes faites à certains Prophètes pour quelque erreur qu'ils auraient faite ou montrant qu'ils aspirent au pardon de leur Seigneur pour quelque péché qu'ils auraient commis, doivent être considérés dans cette perspective. En outre, le pardon de Dieu ne signifie pas toujours qu'un péché a été commis. Les mots coraniques 'afw (indulgence) et maghfira (pardon) portent aussi les sens de faveur spéciale et de bonté, ainsi que de dispense divine concernant l'allègement ou la négligence d'un devoir religieux:

(…) Si quelqu'un est contraint par la faim, sans inclination vers le péché... alors, Dieu est Pardonneur et Miséricordieux. (5:3)

Si (…) vous ne trouviez pas d'eau, alors recourez à une terre pure, et passez-vous-en sur vos visages et sur vos mains. Dieu, en vérité est Indulgent et Pardonneur. (4:43)

Enfin, les péchés et le pardon sont de différents genres et degrés, qui sont: désobéir à des commandements religieux, et le pardon de cela; désobéir aux lois divines de la création et de la vie, et le pardon de cela; et désobéir aux règles des bonnes manières ou de la politesse (adab), et le pardon de cela. Un quatrième genre, qui n'est pas un péché, consiste à ne pas faire quelque chose aussi parfaitement que possible, ce qui est requis par l'amour de Dieu et la proximité à Dieu. Il se peut que certains Prophètes aient fait cela, mais cela ne peut pas être considéré comme un péché au sens exact de la définition commune de ce terme.

La tradition prouve aussi l'infaillibilité des Prophètes. Dieu dit de Moïse: Et J'ai répandu sur toi une affection de Ma part, afin que tu sois élevé sous Mon oeil. (20:39) Ainsi, puisque Moïse a été élevé par Dieu Lui-même et préparé pour la mission de Prophétie, comment donc aurait-il pu commettre un quelconque péché?

Cela est vrai pour tous les autres Prophètes. Par exemple, le Messager de Dieu dit de Jésus: «Satan ne pouvait toucher ni Jésus ni sa mère à sa naissance.» Jésus fut protégé dès sa naissance jusqu'à son élévation à la Présence de Dieu:

Elle fit alors un signe vers lui [le bébé]. Ils dirent: "Comment parlerions-nous à un bébé au berceau? " Mais [le bébé] dit: "Je suis vraiment le serviteur de Dieu. Il m'a donné le Livre et m'a désigné Prophète. Où que je sois, Il m'a rendu béni; et Il m'a recommandé, tant que je vivrai, la prière et la Zakat; et la bonté envers ma mère. Il ne m'a fait ni violent ni malheureux. Et que la paix soit sur moi le jour où je naquis, le jour où je mourrai, et le jour où je serai ressuscité vivant". (19:29-33)

Jésus, comme tous les Prophètes, fut protégé contre le péché dès la naissance. Le Messager de Dieu, alors qu'il n'était qu'un enfant et pas encore Prophète, voulut assister à deux cérémonies de mariage. Or à chaque fois, il fut assommé par le sommeil.[2] Pendant sa jeunesse, il aida ses oncles à réparer la Ka'ba en portant des pierres. Comme les pierres blessaient ses épaules, son oncle 'Abbas lui conseilla de soulever une partie de sa robe de façon à couvrir et à protéger ses épaules. Aussitôt qu'il fit cela, découvrant ainsi une partie de son corps, il tomba sur le dos et regarda fixement. Un ange apparut et lui dit: «Cela ne te sied pas»[3], car plus tard il allait dire aux gens de pratiquer les bonnes manières et d'observer les normes de conduite ordonnées par Dieu, comme de couvrir ses cuisses. Ainsi fut le futur Prophète protégé contre les pratiques et les rites païens de son peuple.

Le Messager de Dieu a dit que «tous les enfants d'Adam font des erreurs et s'égarent, et le meilleur d'entre eux est le repentant.»[4] Cela signifie qu'en tant qu'êtres humains, nous sommes faillibles par nature, mais cela ne veut pas dire que nous soyons 'condamnés' à nous tromper. Que ce soit par la Volonté de Dieu ou par Sa protection spéciale, comme nous l'expliquerons plus bas, ou par le fait qu'Il nous montre le moyen de devenir sans péché et sans faute, même les plus grands saints qui continuent la mission prophétique peuvent, dans une certaine mesure, être faillibles.

Dieu Tout-Puissant promet de protéger les croyants qui Lui obéissent dans le plus grand respect et qui méritent Sa protection, et Il promet de les doter d'un jugement sain afin qu'ils puissent distinguer le vrai du faux, et le bien du mal:

Ô vous qui croyez! Si vous craignez Dieu, Il vous accordera la faculté de discerner (le bien du mal), vous effacera vos méfaits et vous pardonnera. Et Dieu est le Détenteur de l'énorme grâce. (8:29)

Dieu a fait un pacte avec les croyants selon lequel s'ils croient en Lui et s'efforcent d'exalter Sa Parole, en proclamant Sa religion, Il les aidera et les établira fermement dans la religion en les protégeant contre toutes sortes d'égarements (47:7). Cette protection contre les ennemis et le péché dépend de leur soutien à l'islam et de l'effort pour le propager afin que Dieu Seul soit adoré, et qu'aucun partenaire ne Lui soit associé dans la croyance ou l'adoration, ou dans la création et le contrôle de l'univers. Ainsi, Dieu dit: Si vous tenez vos engagements vis-à-vis de Moi, Je tiendrai les miens. (2:40) et Mais si vous récidivez, Nous récidiverons. (17:8)

Dieu protège Ses serviteurs du péché de différentes façons. Par exemple, Il peut placer des obstacles sur leurs chemins, installer un «avertisseur» dans leurs cœurs, ou même leur infliger une blessure physique afin qu'ils ne puissent pas pécher; ou Il peut également mettre un verset dans la bouche de quelqu'un, comme cela arriva avec un jeune homme durant le califat de Omar.

Le jeune homme était si strict et si consciencieux dans son adoration qu'il accomplissait chaque prière à la mosquée. Une femme qui habitait sur le chemin qu'il prenait pour aller à la mosquée était tombée amoureuse de lui et cherchait à le séduire. Bien qu'il résistât à ses gestes, le jour vint où il fit quelques pas dans sa direction. Juste à ce moment-là, il s'entendit réciter: Ceux qui pratiquent la piété, lorsqu'une suggestion du Diable les touche se rappellent [du châtiment de Dieu]: et les voilà devenus clairvoyants. (7:201) Terrassé par la honte devant Dieu et envahi d'amour pour Lui pour l'avoir empêché de commettre ce péché, il tomba raide mort. Quand Omar en fut informé quelques jours plus tard, il se rendit à sa tombe et s'écria: Et pour celui qui aura craint de comparaître devant son Seigneur, il y aura deux jardins! (55:46) Une voix d'outre-tombe, celle du jeune homme défunt ou celle d'un ange le représentant, répliqua: «Ô Commandant des Croyants! Dieu m'a accordé le double de ce que tu dis.»[5]

Ainsi Dieu protège-t-Il Ses fidèles serviteurs. Dieu dit dans un hadith qudsi:[6]

Mes serviteurs ne peuvent se rapprocher de Moi par rien de plus aimable à Mes yeux que l'accomplissement des obligations que Je leur ai ordonnées. En dehors de ces obligations, ils continuent à se rapprocher de Moi à travers les actes d'adoration surérogatoires, jusqu'à ce que Je les aime. Une fois que Je les aimerai, Je serai leurs oreilles avec lesquelles ils entendent, leurs yeux avec lesquels ils voient, leurs mains avec lesquelles ils saisissent et leurs pieds avec lesquels ils marchent. S'ils Me demandent quelque chose, je le leur accorderai immédiatement. S'ils cherchent Ma protection contre quelque chose, Je les en protègerai.[7]

Dieu guide Ses serviteurs vers le bien et les protège du mal. Les serviteurs font ce qui est bien et s'abstiennent de faire le mal. Ils ne demandent à Dieu que le bien, et quoi qu'ils demandent leur est accordé. Ils cherchent refuge auprès de Dieu contre ce qui est mauvais, et Dieu les protège selon leur requête.

Tous les Prophètes étaient infaillibles, sans péché, et menaient des vies parfaitement vertueuses. Bien que Dieu envoya de nombreux Prophètes, le Coran n'en mentionne spécifiquement que vingt-huit. Je pense qu'il convient ici de les énumérer selon les paroles de Ibrahim Haqqi, un saint et savant religieux turc du XVIIIe siècle qui était aussi un expert dans les domaines de l'astronomie et de l'anatomie:

Dieu nous informa de 28 d'entre eux dans le Coran: Adam, Hénoch, Noé, Houd et Salih; Abraham, Isaac, et Ismaël, qui fut un sacrifice pour Dieu; Jacob, Joseph, Shou'ayb, Loth, et Jean le Baptiste; Zacharie et Aaron, le frère de Moïse qui parla à Dieu; David, Salomon, Elie, et Job; Elisée, un proche de Jésus qui était un esprit venant de Dieu; Dhu al-Kifl et Jonas, qui était assurément un Prophète.

Certains considèrent la mémorisation des noms des Prophètes comme une obligation religieuse.

Le Sceau des Prophètes est le bien-aimé de Dieu - Mohammed, le Messager de Dieu. Les savants ne s'accordent pas sur la prophétie d'Ezra, de Luqman, de Khidhr et de Dhu al-Qarnaïn. Certains les classent parmi les Prophètes tandis que d'autres les voient comme des saints de Dieu.

Dissiper les doutes

Certains versets semblent réprimander certains Prophètes ou semblent insinuer qu'un Prophète pourrait pécher, selon la définition commune de la notion de péché. Avant de clarifier certains exemples spécifiques, acquittons d'abord les Prophètes de telles accusations.

Dans la Genèse (19:30-38), il est dit que les deux filles du Prophète Loth le soûlèrent afin qu'il les engrosse. Qu'une calomnie aussi immonde soit faite contre un Prophète est incroyable! Le peuple de Loth (Sodome et Gomorrhe) fut détruit par Dieu à cause de leur immoralité sexuelle. Même la Bible dit plus tard que Loth et ses filles furent les seuls à être épargnés en raison de leur foi, de leur bon comportement et de leur décence. Ce supposé «péché» du Prophète Loth est ô combien pire que celui commis par son peuple pour lequel il fut d'ailleurs détruit par Dieu!

Dans la Genèse (38:15-18), Juda, un fils de Jacob, est supposé avoir eu des rapports sexuels avec sa bru. Cette femme serait ensuite tombée enceinte de lui et aurait mis au monde des jumeaux. Certains Prophètes israélites descendraient d'eux. Le verset 49:4 de la Genèse prétend aussi qu'un autre fils de Jacob, Ruben, coucha avec la femme de son père (la belle-mère de Ruben).

Ni les fils de Jacob, que le Coran mentionne comme des «petits-enfants» dont la conduite exemplaire devrait être suivie, ni ses épouses n'ont agi de la sorte.[8] Notre Prophète déclara de façon très claire qu'il n'y a pas eu un seul cas de fornication dans sa lignée qui commence avec Adam[9], et que tous les Prophètes sont des frères qui descendent du même père.[10] Notre Prophète est un descendant d'Abraham, de même que l'étaient Juda et les autres Prophètes israélites. Par conséquent, comment même un seul parmi eux aurait-il pu être issu d'une relation sexuelle illégitime?

Dans le Deuxième Livre de Samuel (verset 11), il est dit que le Prophète David tomba amoureux de l'épouse d'un commandant et commit l'adultère avec elle. Selon la Bible, il envoya ensuite le mari de cette femme à la première ligne du front pour qu'il s'y fasse tuer; quand il mourut, il se maria avec elle.

En réalité, David est un Prophète qui reçut l'Ecriture sainte (les Psaumes) et qui fut loué dans le Coran pour sa dévotion sincère et profonde à Dieu:

Endure ce qu'ils disent; et rappelle-toi David, Notre serviteur, doué de force [dans l'adoration] et plein de repentir [à Dieu]. Nous lui soumîmes les montagnes à glorifier Dieu, soir et matin, en sa compagnie, de même que les oiseaux assemblés en masse, tous ne faisant qu'obéir à Lui [Dieu]. Et Nous renforçâmes son royaume et lui donnâmes la sagesse et la faculté de bien juger. (38:17-20)

Bien qu'il fût un roi, il menait une vie simple et vivait de son propre labeur. Il avait une conscience si profonde de Dieu qu'il pleurait beaucoup et qu'il jeûnait un jour sur deux. D'ailleurs, notre Prophète recommanda ce genre de jeûne à certains Compagnons qui lui demandaient quel était le genre de jeûne surérogatoire le plus méritoire.[11] Est-ce qu'un tel Prophète pourrait jamais commettre l'adultère, qui plus est avec une femme mariée, et comploter la mort de son époux pour ensuite l'épouser?

Dans le Premier Livre des Rois (11:1-8), malgré le commandement divin: «Vous n'entrerez pas chez elles et elles n'entreront pas chez vous, sans quoi elles détourneraient vos cœurs vers leurs dieux.», le Prophète Salomon est accusé d'avoir épousé une multitude de femmes appartenant aux nations païennes et d'avoir suivi leurs dieux et leurs déesses (idoles). Est-ce qu'un Prophète serait capable de commettre un crime aussi grave que celui de suivre des idoles et des déités d'autres tribus?

Si le Coran n'avait pas été révélé, nous aurions eu des doutes sur la sincérité, la dévotion et la fidélité des Prophètes antérieurs. Le Coran sauve Jésus de la déification de ses adeptes et du reniement de sa prophétie par son propre peuple, et explique que Dieu n'a ni fils ni fille. Le Coran purifie aussi les Prophètes israélites et non israélites de leurs prétendus «péchés» mentionnés dans la Bible. Le Coran présente Jésus comme un esprit de Dieu insufflé en la sainte Vierge Marie, Abraham comme un ami intime de Dieu, Moïse comme un homme qui parla à Dieu et Salomon comme un roi et un Prophète qui priait humblement pour son Seigneur:

"Permets-moi Seigneur, de rendre grâce pour le bienfait dont Tu m'as comblé ainsi que mes père et mère, et que je fasse une bonne oeuvre que tu agrées et fais-moi entrer, par Ta miséricorde, parmi Tes serviteurs vertueux". (27:19)

Salomon n'adora jamais d'idoles et ne commit jamais de péchés. Bien qu'il fût le roi le plus grand et le plus puissant qui ait jamais vécu, il resta un humble serviteur de Dieu jusqu'à sa mort.

Il y a aussi plusieurs autres affirmations également inacceptables. Par exemple: la Bible prétend que le Prophète Isaac voulut bénir son fils aîné Esaü, mais qu'il bénit Jacob par erreur à cause d'un tour que lui joua sa femme Rébecca (Genèse 27). La Bible prétend aussi que le Prophète Jacob lutta avec Dieu qui lui serait apparu sous une forme humaine (Genèse 32:24-30).

Exemples individuels

Une petite minorité de savants musulmans ont affirmé que les Prophètes ont pu commettre des péchés insignifiants (zalla: erreur ou faute légère). Pour prouver leurs dires, ils citent quelques exemples tirés de la vie d'Adam, de Noé, d'Abraham et de Joseph.

Avant de passer à cela, rappelons que l'erreur et le péché ont des définitions radicalement différentes. Le péché signifie désobéir aux commandements de Dieu. Quand les Prophètes étaient confrontés à une question à laquelle ils ne pouvaient pas répondre, ils avaient tendance à attendre une révélation divine. Toutefois, en de rares occasions, ils faisaient appel à leur propre raison pour décider d'une affaire, car ils étaient les plus grands moujtahid (juristes du plus haut rang qui peuvent déduire des lois à partir des principes établis dans le Coran et la Sounna). Il se peut qu'ils se soient trompés dans leurs jugements ou leurs décisions. Néanmoins, de telles erreurs, qui étaient immédiatement corrigées par Dieu, ne sont pas des péchés.

De plus, les Prophètes recherchaient toujours l'agrément de Dieu et essayaient d'obtenir ce qui était le mieux. Si, pour une raison ou une autre, ils ne pouvaient pas obtenir le mieux et qu'ils devaient en rester à ce qu'il y avait de meilleur, cela ne veut pas dire qu'ils péchaient. Par exemple: supposez que vous ayez à décider entre réciter le Coran en dix jours en accordant l'attention requise à chacun de ses versets, et le réciter en sept jours afin d'exprimer votre amour profond pour la Parole Divine. Si vous faites le premier choix sans savoir que l'agrément de Dieu réside davantage dans le second, vous ne pouvez pas être jugé comme étant coupable d'un péché. Ainsi la préférence d'un Prophète pour ce qui est meilleur à défaut de ce qui est le mieux ne peut être considérée comme un péché. Toutefois, en raison de sa position vis-à-vis de Lui, Dieu peut parfois lui adresser de doux reproches.

Maintenant, clarifions certains exemples individuels à partir de la vie des Prophètes.

Le Prophète Adam

Avant sa vie terrestre, Adam habitait le Jardin d'Eden. Dieu dit à lui et à son épouse Eve de ne pas manger d'un arbre fruitier en particulier. Ils lui désobéirent sur ce point et furent donc expulsés du Jardin et obligés de vivre sur terre. Bien que les exégètes coraniques ne soient pas d'accord sur ce qu'était le fruit interdit, c'était probablement l'inclination humaine vers le sexe opposé. Satan aborda Adam et Eve en leur disant que c'était l'arbre de l'éternité et un royaume impérissable (20:120). Adam et Eve, qui devaient probablement savoir qu'ils étaient mortels, ont du désirer l'éternité à travers une descendance, car un tel désir est inhérent à l'être humain. Cela peut aussi être déduit de:

Puis le Diable, afin de leur rendre visible ce qui leur était caché - leurs nudités - leur chuchota, disant: "Votre Seigneur ne vous a interdit cet arbre que pour vous empêcher de devenir des anges ou d'être immortels!" Et il leur jura: "Vraiment, je suis pour vous deux un bon conseiller". Alors il les fit tomber par tromperie. Puis, lorsqu'ils eurent goûté de l'arbre, leurs nudités leur devinrent visibles; et ils commencèrent tous deux à y attacher des feuilles du Paradis. Et leur Seigneur les appela: "Ne vous avais-Je pas interdit cet arbre? Et ne vous avais-Je pas dit que le Diable était pour vous un ennemi déclaré?" (7:20-22)

Même si nous acceptons le fait qu'Adam ait mangé du fruit interdit comme une défaillance, une faute légère, il est difficile de considérer cela comme une rébellion ou une désobéissance délibérée ou réfléchie à Dieu, car cela pourrait nous induire à croire que les Prophètes sont faillibles. Premièrement, Adam n'était pas Prophète quand il était dans le Jardin. Deuxièmement, cette défaillance n'était pas le résultat d'une désobéissance intentionnelle, mais seulement une sorte d'oubli. À ce propos, le Coran dit: Nous avons auparavant fait une recommandation à Adam; mais il oublia; et Nous n'avons pas trouvé chez lui de résolution ferme. (20:115)

Les péchés commis par oubli ne seront pas comptés dans l'au-delà. Le Prophète a dit: «Ma communauté ne sera pas interrogée sur l'oubli, l'erreur non intentionnelle et ce qu'elle aura été forcée de faire.»[12] Le Coran nous enseigne cette prière: Seigneur, ne nous châtie pas s'il nous arrive d'oublier ou de commettre une erreur! (2:286)

Adam ne commit pas cette erreur de façon délibérée. Bien que certains lisent dans ces versets le manque de détermination d'Adam à remplir son pacte avec Dieu, le contexte ne permet pas une telle interprétation. Adam et Eve se tournèrent vers Dieu aussitôt après leur manquement et, dans un repentir sincère, implorèrent Dieu: "Ô notre Seigneur, nous avons fait du tort à nous-mêmes. Et si Tu ne nous pardonnes pas et ne nous fais pas miséricorde, nous serons très certainement du nombre des perdants". (7:23)

Le destin a sa part dans la défaillance d'Adam. Dieu l'avait destiné à être Son représentant sur terre, avant même qu'Il ne le crée et ne l'installe dans le Jardin. Cela est explicite dans le Coran:

Lorsque Ton Seigneur confia aux anges: "Je vais établir sur la terre un vicaire "Khalifat". Ils dirent: "Vas-Tu y désigner un qui y mettra le désordre et répandra le sang, quand nous sommes là à Te sanctifier et à Te glorifier?" - Il dit: "En vérité, Je sais ce que vous ne savez pas!" (2:30)

Le Messager de Dieu indique aussi cette vérité dans un hadith:

Adam et Moïse se rencontrèrent au Paradis. Moïse dit à Adam: «Tu es le père de l'humanité, mais tu as provoqué notre expulsion du Paradis et notre descente sur terre». Adam répondit: «Tu es celui à qui Dieu s'adressa directement. N'as-tu pas vu cette phrase dans la Torah: 'Adam avait été destiné à manger de ce fruit quarante ans avant qu'il ne le mange'?»

Après avoir rapporté l'histoire de cette rencontre, le Messager de Dieu ajouta trois fois: «Adam réduisit Moïse au silence.»[13]

La vie d'Adam dans le Jardin et son épreuve étaient des préliminaires par lesquels il devait passer avant sa vie terrestre. Il réussit tous ces tests. Etant choisi et sauvé de la boue du péché et de l'égarement, il devint Prophète et honoré par la paternité de milliers de Prophètes, y compris le Prophète Mohammed, et de millions de saints: Son Seigneur l'a ensuite élu, a agréé son repentir et l'a guidé. (20:122)

Le Prophète Noé

Le Prophète Noé appela son peuple à la religion de Dieu pendant 950 ans. Comme ils persistaient dans l'incroyance et le mal, Dieu lui dit alors de construire l'Arche. Après avoir achevé cette tâche, Noé y chargea, selon le commandement divin, un couple de chaque espèce d'animaux, les membres de sa famille (exceptés ceux que Dieu avait déjà condamnés) et les croyants. (11:40)

Quand l'Arche se mit à voguer en les emportant parmi des vagues comme des montagnes, Noé aperçut l'un de ses fils qui n'avait pas embarqué sur le navire et l'appela. Or son fils rejeta son offre en disant: "Je vais me réfugier vers un mont qui me protégera de l'eau". (11:43) Quand Noé vit son fils se noyer, il s'adressa à Dieu: "Ô mon Seigneur, certes mon fils est de ma famille et Ta promesse est vérité. Tu es le plus juste des juges". (11:45) Dieu répondit: "Ô Noé, il n'est pas de ta famille car il a commis un acte infâme. Ne me demande pas ce dont tu n'as aucune connaissance. Je t'exhorte afin que tu ne sois pas au nombre des ignorants". (11:46)

Certains savants ont considéré l'appel de Noé comme un péché. Pourtant, il est difficile d'être en accord avec eux. Noé est mentionné dans le Coran comme l'un des cinq plus grands Prophètes et y est décrit comme étant ferme et résolu. Il pensait que son fils était un croyant.

Chacun sait que la religion de Dieu nous enjoint dans ce domaine de juger selon les apparences. Ainsi, ceux qui font profession de foi et accomplissent les devoirs religieux de première importance (comme la prière prescrite et l'aumône) passent pour des croyants. C'est pourquoi le Prophète Mohammed traitait les Hypocrites comme des musulmans. Apparemment, le fils de Noé cacha son incroyance jusqu'au Déluge, car c'était Noé lui-même qui avait prié à l'avance: Seigneur! Pardonne-moi, et à mes père et mère et à celui qui entre dans ma demeure croyante, ainsi qu'aux croyants et croyantes; et ne fait croître les injustes qu'en perdition". (71:28)

Dieu accepta sa prière et lui dit de monter à bord de l'Arche avec sa famille, sauf ceux qui avaient déjà mérité le châtiment à cause de leur persistance délibérée dans l'incroyance. L'épouse de Noé était parmi ceux qui se noyèrent. Noé ne demanda pas à Dieu de la sauver, soit parce qu'il savait lui-même qu'elle était incroyante ou qu'il en avait été informé. Il a sûrement dû penser que son fils était croyant et c'est pour cela que Dieu lui répondit de cette manière. (11:46)

Noé, comme tous les autres Prophètes, était bon et attentionné. Chaque Prophète se sacrifia pour le bien de l'humanité et travailla sans relâche pour guider les gens à la vérité et au bonheur dans les deux mondes. En ce qui concerna l'attitude du Prophète Mohammed à cet égard, Dieu dit: Tu vas peut-être te consumer de chagrin parce qu'ils se détournent de toi et ne croient pas en ce discours! (18:6)

Noé appela son peuple pendant 950 ans, sans jamais fléchir. Il est tout à fait naturel qu'un Prophète et un père montre de la déception quand il apprend que son fils est parmi les impies condamnés au châtiment dans les deux mondes. Mais comme Dieu est le plus juste et le plus miséricordieux, Noé se tourna immédiatement vers Lui et chercha refuge auprès de Lui, de crainte qu'il ne Lui demande ce dont il n'a aucune connaissance:

"Seigneur, je cherche Ta protection contre toute demande de ce dont je n'ai aucune connaissance. Et si Tu ne me pardonnes pas et ne me fais pas miséricorde, je serai au nombre des perdants". (11:47)

Le Prophète Abraham

Abraham, «l'ami intime de Dieu», était l'un des plus grands Prophètes. Le Messager de Dieu était fier et heureux de faire partie de ses descendants: «Je suis celui pour l'arrivée duquel Abraham pria et dont la bonne nouvelle fut annoncée par Jésus; et je ressemble à mon ancêtre Abraham plus que quiconque.»[14] Abraham fut jeté au feu à cause de sa croyance en Un Seul Dieu, mais le feu devint, par la Volonté et la Puissance de Dieu, fraîcheur et protection pour lui.

Comme tous les Prophètes, Abraham ne pensa jamais un seul instant à adorer autre chose que Dieu. Malgré cela, plusieurs récits inexacts et faux ont pris place dans certains commentaires coraniques. Ils viennent de la mauvaise interprétation des versets suivants:

Quand la nuit l'enveloppa, il observa une étoile et dit: "Voilà mon Seigneur! " Puis, lorsqu'elle disparut, il dit: "Je n'aime pas les choses qui disparaissent". Lorsqu'ensuite il observa la lune se levant, il dit: "Voilà mon Seigneur! " Puis, lorsqu'elle disparut, il dit: "Si mon Seigneur ne me guide pas, je serai certes du nombre des égarés". Lorsqu'ensuite il observa le soleil levant, il dit: "Voilà mon Seigneur! Celui-ci est plus grand". Puis lorsque le soleil disparut, il dit: "Ô mon peuple, je désavoue tout ce que vous associez à Dieu. Je tourne mon visage exclusivement vers Celui qui a créé (à partir du néant) les cieux et la terre; et je ne suis point de ceux qui Lui donnent des associés." (6:76-79)

Ces versets montrent clairement qu'Abraham essaya, au moyen de l'analogie, de convaincre son peuple qu'aucun astre ne saurait être Dieu. Abraham vivait parmi les Chaldéens du nord de la Mésopotamie, qui étaient un peuple qui connaissait bien les corps célestes et qui les adorait, ainsi que beaucoup d'autres idoles. Abraham discuta d'abord avec son père, en lui disant qu'aucune idole n'était digne d'être adorée: Abraham dit à Azar, son père: "Prends-tu des idoles comme divinités? Je te vois, toi et ton peuple, dans un égarement évident!" (6:74)

Parce qu'Azar était le fabricant régional d'idoles, Abraham commença sa mission en s'opposant à lui. Après cela, il chercha à guider son peuple à la vérité. Comme ils possédaient une vaste connaissance en astronomie, Dieu l'instruit dans ce domaine et lui dévoila plusieurs réalités métaphysiques cachées afin qu'il atteigne une parfaite certitude dans la foi et qu'il dissuade son peuple de leur égarement:

Ainsi avons-Nous montré à Abraham le royaume des cieux et de la terre, afin qu'il fût de ceux qui croient avec conviction. (6:75)

Tout en voyageant par le cœur et l'esprit à travers les corps célestes, Abraham commença en disant à son peuple qu'une étoile ne peut pas être Dieu puisqu'elle se couche. Bien que les superstitieux y croient lire l'avenir ou lui attribuent quelque influence sur lui, le vrai savoir montre qu'elle se lève et se couche selon les lois divines, et que sa lumière s'éteint quand il fait jour. Alors pourquoi devrait-on adorer les étoiles?

La deuxième étape de son analogie fut de montrer que la Lune, bien qu'elle paraisse plus brillante et plus grande qu'une étoile, ne peut pas être Dieu; car elle se couche tout comme les étoiles, change de forme heure après heure, et sa lumière dépend d'autres corps célestes. Là, Abraham déclara ouvertement avoir été guidé par son Seigneur, et que ceux qui n'adoraient pas uniquement Dieu s'égaraient.

La dernière analogie d'Abraham montrait qu'on ne peut pas vouer un culte au Soleil car malgré sa taille et sa lumière, il disparaît aussi de notre vue. Ainsi, l'adoration de phénomènes créés est pure folie. C'est après avoir rejeté le culte des créatures qu'Abraham déclara sa foi:

Je tourne mon visage exclusivement vers Celui qui a créé (à partir du néant) les cieux et la terre; et je ne suis point de ceux qui Lui donnent des associés." (6:79)

Par conséquent, c'est commettre une grave erreur que de conclure de ces versets qu'Abraham aurait adoré des corps célestes dans les premiers temps de sa vie.

Le seconde prétendue faute ou défaillance d'Abraham serait lorsqu'il appela Dieu à lui montrer comment Il ressuscitait les morts. À ce propos, le Coran dit:

Et quand Abraham dit: "Seigneur! Montre-moi comment Tu ressuscites les morts", Dieu dit: "Ne crois-tu pas encore?" "Si! dit Abraham, mais que mon cœur soit rassuré". (2:260)

Dans un hadith, le Messager de Dieu dit que 70 000 voiles séparent l'humanité de Dieu. Cela implique que notre cheminement vers Dieu est sans fin et que les gens ont différents degrés de connaissance et de compréhension ainsi que diverses capacités pour le contentement spirituel et intellectuel. Comme Dieu est infini, non lié par Ses Attributes et Ses Noms, chaque individu peut obtenir quelque connaissance de Lui et atteindre quelque degré de satisfaction (selon sa capacité).

Abraham avait l'une des plus grandes capacités possibles et avait donc besoin d'accroître chaque jour sa connaissance de Dieu afin d'atteindre une entière satisfaction spirituelle. Les Prophètes, comme tous les autres êtres humains, étaient dans un processus continu de développement spirituel et intellectuel. Considérant chaque étape précédente de développement insatisfaisante, ils poursuivaient sans cesse de plus hauts degrés de conviction. C'est pour cela que le Messager de Dieu implorait le pardon de Dieu environ cent fois par jour et Le suppliait souvent en disant:

Gloire à Toi. Nous n'avons pas été capables de Te connaître comme Ta connaissance le requiert, ô Le Très Connu! Gloire à Toi. Nous n'avons pas été capables de T'adorer comme Ton adoration le requiert, ô Le Très Adoré!

Un jour, Muhyi ad-Din ibn al-'Arabi rencontra Mawlana Jalal ad-Din ar-Rumi et lui demanda: «Qui est plus grand: le Prophète Mohammed qui dit: 'Gloire à Toi. Nous n'avons pas été capables de Te connaître comme Ta connaissance le requiert, ô Le Très Connu!' ou Bayazid al-Bistami qui dit [dans un moment d'extase où il était en transe]: 'Gloire à moi, comme je suis exalté!'?» La réponse de Mawlana s'adresse aussi à ceux qui essaient de critiquer Abraham: «Les deux paroles montrent à quel point notre Prophète est plus grand que Bayazid. Le cœur ou l'âme de notre Prophète était comme un océan, si profond et si vaste qu'il ne pouvait être satisfait. Mais l'âme de Bayazid, en comparaison, était comme une cruche - facile à remplir et débordant rapidement.»[15]

Afin d'écarter tout doute sur la conviction d'Abraham, le Messager de Dieu dit un jour: «Si la conviction d'Abraham contenait le moindre doute, nous serions plus sujets à douter que lui.»[16]

Abraham passa toute sa vie à lutter contre l'incroyance et le polythéisme. Il ne fit d'allusions que trois fois dans sa vie. En d'autres termes, il choisit de détourner l'attention de son public vers autre chose en faisant des références indirectes à la vérité. Il fit cela soit pour éviter des tracasseries, soit pour pouvoir expliquer plus facilement une vérité religieuse. Mais comme certains savants considèrent ces allusions comme des mensonges, nous nous devons de les clarifier ici.

La première allusion: quand son peuple voulut qu'il les accompagnât à leur célébration religieuse, il jeta un coup d'œil vers les étoiles et dit qu'il était malade.

Abraham n'était pas physiquement malade, mais le fait qu'il puisse être associé avec les faussetés de son peuple tourmentait son âme et son esprit. Il était impensable pour lui d'aller adorer des idoles; au contraire, il était déterminé à les détruire. Une fois, afin de ne pas participer à leurs cérémonies, il leur dit qu'il était malade et, après qu'ils l'eurent quitté, il détruisit leurs idoles. Ce n'était pas un mensonge, car il était vraiment devenu malade de leurs idoles et de leur idolâtrie. C'est pourquoi il avait agi ainsi. Et le Coran le loue pour cela:

Du nombre de ses coreligionnaires [de Noé], certes, fut Abraham. Quand il vint à son Seigneur avec un cœur sain. Quand il dit à son père et à son peuple: "Qu'est-ce que vous adorez?" Cherchez-vous, dans votre égarement, des divinités en dehors de Dieu? Que pensez-vous du Seigneur de l'univers?" Puis, il jeta un regard attentif sur les étoiles et dit: "Je suis malade". Ils lui tournèrent le dos et s'en allèrent. Alors il se glissa vers leurs divinités et dit: "Ne mangez-vous pas? Qu'avez-vous à ne pas parler?" Puis il se mit furtivement à les frapper de sa main droite. (37:83-93)

La deuxième allusion: Abraham utilise l'ironie pour montrer la vérité. Comme on le lit dans le Coran:

En effet, Nous avons mis auparavant Abraham sur le droit chemin. Et Nous en avions bonne connaissance. Quand il dit à son père et à son peuple: "Que sont ces statues auxquelles vous vous attachez?" Ils dirent: "Nous avons trouvé nos ancêtres les adorant". Il dit: "Certainement, vous avez été, vous et vos ancêtres, dans un égarement évident". Ils dirent: "Viens-tu à nous avec la vérité ou plaisantes-tu?" Il dit: "Mais votre Seigneur est plutôt le Seigneur des cieux et de la terre et c'est Lui qui les a créés. Et je suis un de ceux qui en témoignent. Et par Dieu! Je ruserai certes contre vos idoles une fois que vous serez partis". Il les mit en pièces, hormis [la statue] la plus grande. Peut-être qu'ils reviendraient vers elle. Ils dirent: "Qui a fait cela à nos divinités? Il est certes parmi les injustes". (Certains) dirent: "Nous avons entendu un jeune homme médire d'elles; il s'appelle Abraham". Ils dirent: "Amenez-le sous les yeux des gens afin qu'ils puissent témoigner" (Alors) ils dirent: "Est-ce toi qui as fait cela a nos divinités, Abraham?" Il dit: "Il a fait cela. Voici la plus grande d'entre elles. Demandez-leur donc, si elles peuvent parler". (21:51-63)

Certains considèrent la dernière réponse d'Abraham comme un mensonge. En vérité, c'est un exemple d'ironie mordante. Abraham voulait que son peuple comprenne enfin que les choses qui ne peuvent pas parler ni faire de mal ou de bien sont indignes d'être adorées. Sa tentative fut réussie, car son peuple, incapable de réfuter son raisonnement, ne put trouver d'autre moyen de protéger ses idoles que de jeter Abraham dans le feu.

Abraham n'avait pas dit que les idoles avaient été détruites par la plus grande d'entre elles. Lisons avec plus d'attention. Il dit: Il a fait cela, puis s'arrête - il y a un arrêt conséquent dans la lecture du verset - puis reprend: Voici la plus grande d'entre elles! Donc, la phrase Il a fait cela fait référence à celui qui a brisé les idoles, mais pour détourner l'attention de son public vers la grande statue il ajouta: Voici la plus grande d'entre elles!

Un jour, le Messager de Dieu dit à une vieille dame que les personnes âgées n'entreraient pas au Paradis. Quand il s'aperçut que ses paroles l'attristèrent beaucoup, il clarifia sa plaisanterie: «Parce qu'ils y entreront comme de jeunes personnes.»[17] Cela est, d'une certaine façon, similaire à ce que fit Abraham et n'est donc pas un mensonge.

La troisième allusion: Abraham et son épouse Sarah.

Dans un hadith, et aussi dans la Bible (Genèse 20:2-14), on lit qu'Abraham demanda à sa femme Sarah de répondre à ceux qui l'interrogeraient qu'elle était sa sœur et non pas sa femme.[18] Selon la Bible, Abraham fit cela car si la vraie identité de Sarah était connue, il se serait fait tuer. Cela n'est pas un mensonge, car comme le déclare le Coran, tous les croyants sont frères et sœurs.

Pour conclure, Abraham n'a jamais menti. S'il avait menti, Dieu le lui aurait reproché. Cependant, aucun reproche à son encontre ne se trouve dans le Coran. C'est pour cela que la Tradition prophétique concernant ces allusions ne doit pas être comprise de façon littérale.

La prétendue défaillance d'Abraham

Abraham entama sa mission en appelant son père Azar, le fabricant régional d'idoles, à abandonner l'idolâtrie et à se tourner vers Dieu, le Créateur des cieux et de la terre. Quand son père refusa d'agir ainsi, il le quitta, en disant qu'il demanderait à Dieu de le pardonner. Il tint sa promesse: Pardonne à mon père: car il a été du nombre des égarés. (26:86)

Certains considèrent cela comme une défaillance, car après tout, son père était incroyant. Or cela est difficile à croire car Abraham était un Prophète élu par Dieu pour inviter les gens à la vérité et au salut. Comme tous les Prophètes, cela l'affligeait énormément de voir un quelconque serviteur de Dieu ne pas suivre Sa voie vers le bonheur et le salut dans les deux mondes. On discerne bien dans les versets suivants combien il désirait la guidance de son père:

Et mentionne dans le Livre, Abraham. C'était un très véridique et un Prophète. Lorsqu'il dit à son père: "Ô mon père, pourquoi adores-tu ce qui n'entend ni ne voit, et ne te profite en rien? Ô mon père, il m'est venu de la science ce que tu n'as pas reçu; suis-moi, donc, je te guiderai sur une voie droite. Ô mon père, n'adore pas le Diable, car le Diable désobéit au Tout Miséricordieux. Ô mon père, je crains qu'un châtiment venant du Tout Miséricordieux ne te touche et que tu ne deviennes un allié du Diable". (19:41-45)

C'était le devoir d'Abraham d'appeler les gens à l'adoration de Dieu, en dépit de leurs refus continuels. Bien que le Coran déclare ouvertement: [Mais] certes les infidèles ne croient pas, cela leur est égal, que tu les avertisses ou non: ils ne croiront jamais. (2:6), le Messager de Dieu ne cessa jamais de les avertir. En plus d'appeler son père à la vérité, Abraham pria pour lui jusqu'à ce qu'il réalise que son père était un ennemi de Dieu. Quand il fut convaincu de ce fait, il se dissocia de lui. Dieu mentionne cela non pas comme une défaillance de la part d'Abraham, mais comme une vertu: Abraham était certes plein de sollicitude et indulgent. (9:114)

Dieu mentionne aussi la conduite d'Abraham comme un excellent exemple à suivre:

Certes, vous avez eu un bel exemple [à suivre] en Abraham et en ceux qui étaient avec lui, quand ils dirent à leur peuple: "Nous vous désavouons, vous et ce que vous adorez en dehors de Dieu. Nous vous renions. Entre vous et nous, l'inimitié et la haine sont à jamais déclarées jusqu'à ce que vous croyiez en Dieu, seul". Exception faite de la parole d'Abraham [adressée] à son père: "J'implorerai certes, le pardon [de Dieu] en ta faveur bien que je ne puisse rien pour toi auprès de Dieu". "Seigneur, c'est en Toi que nous mettons notre confiance et à Toi nous revenons [repentants]. C'est à Toi que tout doit aboutir. (60:4)

Abraham pria donc pour le pardon de son père afin de tenir sa promesse (9:114). Quand il vit que son père était déterminé à rester incroyant, il se dissocia de lui et ne chercha plus à le faire pardonner.

Enfin, notons ici que certains exégètes coraniques ne considèrent pas Azar comme étant le père d'Abraham. Bien que le fait qu'Abraham descende d'un père mécréant ne constitue pas un défaut, puisque Dieu fait sortir le vivant du mort et [Il] fait sortir le mort du vivant (3:27), le Coran utilise pour Azar le mot ab (qui, en plus d'avoir le sens de père, peut aussi avoir celui d'oncle, de beau-père, de père adoptif ou de grand-père).

Bien qu'il lui fût dit de ne pas chercher le pardon pour Azar, le Coran raconte qu'alors qu'il avait atteint un âge très avancé, il pria: Ô notre Seigneur! pardonne-moi, ainsi qu'à mes père et mère et aux croyants, le jour de la reddition des comptes". (14:41) Dans cette prière, il emploie le terme walid (celui qui l'a engendré) pour désigner son père. Il est donc tout à fait possible qu'Azar ne fût pas celui qui l'a engendré. Selon la Bible, le vrai père d'Abraham était Terah. Or Dieu sait mieux ce qu'il en est.

Le Prophète Joseph

Le Prophète Joseph est exalté dans le Coran comme un exemple de chasteté. Durant son enfance, ses frères envieux le jetèrent au fond d'un puits et l'y laissèrent. Une caravane qui passait par là le trouva et le vendit plus tard comme esclave à un officier de haut rang (probablement un ministre) de la cour égyptienne. La Bible lui donne le nom de Putiphar (Genèse 37:36).

Joseph était issu d'une famille de Prophètes. Quand quelqu'un dit au Messager de Dieu qu'il était un homme noble, le Messager fit allusion à ce fait en disant: «L'homme noble, fils d'un noble qui était fils d'un noble qui était lui aussi fils d'un noble. C'est Joseph, fils de Jacob, fils d'Isaac, fils d'Abraham, l'ami intime de Dieu».[19] Joseph n'était encore qu'un enfant quand il était dans le puits et qu'il lui fut révélé:"Tu les informeras sûrement de cette affaire sans qu'ils s'en rendent compte". (12:15) Ainsi, dès le début, il fut protégé de tout vice.

Joseph, un jeune homme d'une beauté exceptionnelle, tomba vite sous l'attention de l'épouse de son maître. Elle s'éprit de lui. Selon les paroles des femmes de la ville, citées dans le Coran, elle en est follement éprise. (12:30) Elle essaya de le séduire en fermant les portes à clé et en l'appelant à venir à elle. Or Joseph, à qui Dieu donna le savoir, le jugement sain et le discernement, répondit aussitôt: "Que Dieu me protège! C'est mon seigneur qui m'a accordé un bon asile. Vraiment les injustes ne réussissent pas". (12:23)

Le Prophète Joseph avait atteint le rang de l'ihsan, que le Messager de Dieu décrit comme étant la capacité du croyant à adorer Dieu comme s'il le voyait en face de lui. Dit autrement, il était conscient, à chaque instant, que Dieu l'observait. Il était aussi quelqu'un que Dieu avait fait sincère, avec un cœur et des intentions des plus purs. Par conséquent, il est inconcevable qu'il ait pu trahir les grâces de Dieu en succombant à cette tentation. Eut-il fait ne serait-ce qu'un pas vers elle, il serait devenu injuste. Ou bien, si par «mon seigneur» il signifiait son maître, il aurait alors été injuste pour avoir trahi la confiance de son maître.

Le Coran continue ainsi le récit:

Et, elle le désira. Et il l'aurait désirée n'eût été ce qu'il vit comme preuve évidente de son Seigneur. Ainsi [Nous avons agi] pour écarter de lui le mal et la turpitude. Il était certes un de Nos serviteurs élus. (12:24)

Malheureusement, le verset a été mal compris par certains exégètes du Coran qui lui donnèrent ce sens: «Elle le désira et eut un penchant pour lui; et il la désira et eut un penchant pour elle, mais juste à ce moment-là, il vit une preuve de son Seigneur et s'arrêta». D'aucuns ont extrapolé «une preuve de son Seigneur» avec tant de fantaisie qu'ils s'imaginèrent que Jacob apparut avec sa main sur ses lèvres, sauvant ainsi son fils d'un énorme péché.

Plus qu'un malentendu, il s'agit ici d'une calomnie faite contre un Prophète qui fut honoré et présenté par Dieu comme un «excellent modèle de chasteté» et par le Messager de Dieu comme le plus noble de tous. Pour supprimer de tels doutes, nous analyserons le terme hamma, qui est traduit littéralement par «brûler intérieurement» et qui a égaré certains exégètes.

Hamma signifie littéralement «souffrir, brûler, être mal à l'intérieur, et être consumé par la passion et le désir». Il existe un principe de morphologie et de sémantique selon lequel il faut préférer le sens premier et le plus courant d'un mot, à moins qu'une incohérence ou qu'une non conformité n'apparaisse dans le contexte. Ce principe, avec les deux autres principes que nous expliquerons plus bas, rend impossible de comprendre hamma dans son sens premier:

1- Joseph et cette femme n'avaient rien en commun; tout les séparait aussi bien sur le plan de la croyance, des ambitions, du caractère que du mode de vie. Ainsi, chacun avait sa propre souffrance ou angoisse, et chacun brûlait pour différentes ambitions.

2- Le verset contenant le verbe hamma est en fait une parenthèse pour expliquer la vertu de la croyance et de la sincérité, qui apportent la faveur et la protection de Dieu. Le verset n'occupe pas la place d'un simple morceau du récit. Notons aussi qu'il y a des arrêts après chaque expression, ce qui montre qu'elles ne relient pas une chaîne d'événements, mais qu'elles expriment plutôt trois réalités différentes. Dans ce cas, la signification exacte du verset est donc:

Elle brûlait à l'intérieur à cause de son amour pour Joseph. Cet amour causa des ennuis à Joseph; sa chasteté, son bon caractère et sa réputation étaient en jeux. Il devait trouver une issue à cette situation. À cet instant crucial, la preuve de Dieu (Sa protection ou autre chose) vint à son secours et l'éloigna de tout mal, car Dieu avait préalablement fait de lui l'un de Ses serviteurs sincères et purs. Il n'était pas un mukhlis (purifié et sincère grâce à une autodiscipline et à une formation spirituelle), mais plutôt un mukhlas (rendu sincère et pur par Dieu).

De plus, le verbe hamma dans ce contexte n'indique pas le début d'une action, car on lit dans le verset précédent qu'elle avait déjà commencé l'action: elle ferma bien les portes et dit: "Viens, [je suis prête pour toi!]" (12:23) Mais Joseph refusa. Donc, dire que hamma a le sens de «être sur le point de» pour à la fois Joseph et la femme contredit le verset précédent ainsi que le suivant: Et tous deux coururent vers la porte, et elle lui déchira sa tunique par derrière. (12:25) Il est clair que Joseph courut à la porte pour s'enfuir, qu'elle courut pour l'attraper et qu'elle déchira sa chemise par derrière.

Pourtant, certains suggèrent qu'elle désira Joseph et qu'il aurait pu également la désirer s'il n'avait pas vu un signe de Son Seigneur. Puisqu'il avait été protégé contre tout péché dès le début, il n'avait pas pu éprouver de désir pour elle. Dans tous les cas, il ne ressentit rien pour elle et n'entama rien vers elle. Comme tous les Prophètes, Joseph était infaillible.

Le Prophète Mohammed

Le Messager de Dieu est supérieur à tous les autres Prophètes. Il ne pourrait en être autrement car il fut envoyé comme une miséricorde pour tous les mondes. La religion qu'il a transmise contient tous les principes essentiels des religions révélées auparavant ainsi que tout ce qui est nécessaire pour résoudre les problèmes de l'homme jusqu'au Jour dernier.

Le Prophète Mohammed, selon les termes de Boussiri: «(…) est le soleil des vertus et les autres sont, en comparaison, des étoiles qui diffusent la lumière pour éclairer la nuit aux gens.» Quand le soleil se lève, la lune et les étoiles ne sont plus visibles. De même, quand le «Soleil de la Prophétie» (le Prophète Mohammed) se leva pour illuminer l'univers entier, la lumière des étoiles devint superflue.

Comme ses prédécesseurs, le Prophète Mohammed était infaillible. Nous voyons à la fois dans le Coran et dans les livres d'histoire que, même si ses ennemis le calomniaient sans cesse, ils ne remirent jamais en question son honnêteté et son infaillibilité.

Ils disaient qu'il était «fou» - certes, il aimait Dieu «à la folie» et désirait et cherchait éperdument à guider son peuple. On pourrait donc dire qu'il était «fou», mais pas au sens d'avoir perdu la raison. Ils disaient qu'il était un «magicien» qui ensorcelait les gens - certes, il les enchantait, mais avec sa personnalité, ainsi qu'avec l'islam et le Coran qu'il apportait de Dieu. Mais il n'était pas magicien. Ils disaient qu'il était un «devin» - certes, il fit des centaines de prédictions, dont la plupart se sont déjà réalisées et dont le reste se réalisera bientôt. Mais il n'était pas devin.

Comme les expressions coraniques susmentionnées qui, en apparence, semblent semer le doute sur l'infaillibilité de certains Prophètes, il se trouve plusieurs remontrances dans le Coran concernant certaines actions du Messager de Dieu. Mais avant de les analyser, rappelons que les Prophètes, comme les grands juristes, exerçaient aussi leur propre raison quand aucune loi explicite ou implicite n'avait été révélée concernant l'affaire en question.

De même que les épouses du Prophète ne sont pas comparables aux autres femmes musulmanes en termes de récompense et de châtiment divin (voir 33:30-32), de même Dieu ne traite pas les Prophètes de la même manière que les autres croyants. Par exemple, Il les réprimanda pour avoir bu de l'eau de Zamzam (un puits de La Mecque) au lieu de Kawthar (une fontaine du Paradis). De telles réprimandes ne doivent jamais être perçues comme résultant de péchés. De plus, ces reproches sont en général de vrais compliments divins qui montrent la grandeur des Prophètes et leur proximité de Dieu.

Le Messager de Dieu et les captifs de la Bataille de Badr

La petite communauté musulmane de La Mecque était sujette aux pires tortures. Ses membres les enduraient patiemment et ne pensaient jamais à se venger, car le Coran ordonnait au Messager de Dieu d'appeler les incroyants à la voie de Dieu avec sagesse et bonne prêche, de repousser le mal par le bien et de pardonner leurs fautes et leurs mauvaises actions. Quand les musulmans émigrèrent à Médine pour pouvoir vivre selon les principes islamiques, ils laissèrent tout ce qu'ils avaient derrière eux. Cependant, ils ne cessèrent pas d'être victimes des harcèlements des polythéistes mecquois et aussi d'un nouveau groupe: les tribus juives de Médine. De plus, même si les Ansars (les Secoureurs) partageaient volontiers leurs possessions avec les Émigrés, tous les musulmans souffraient de la privation. Dans des circonstances aussi difficiles et parce qu'ils avaient été traités injustement, Dieu leur permit de résister à l'assaut de l'ennemi. C'était juste avant la Bataille de Badr.

Cette bataille était la première confrontation militaire des musulmans avec les forces ennemies. Bien que les ennemis les surpassaient en nombre, les croyants remportèrent la victoire. Jusque là, si nous réfutons les opinions de certains exégètes selon lesquels la sourate Mohammed aurait été révélée avant la sourate Al-Anfal, aucun commandement divin n'avait été révélé concernant le traitement des prisonniers de guerre. En l'occurrence, Sa'd ibn Mu'adh n'était guère content de voir ses confrères faire prisonniers les ennemis; il préférait qu'on les tuât lors de la première confrontation.

Après la bataille, le Prophète consulta ses Compagnons, comme il le faisait toujours quand il n'y avait pas de révélation précise sur un sujet donné. Abou Bakr dit: «Ô Messager de Dieu, il s'agit de ton peuple. Même s'ils t'ont beaucoup maltraité, toi et tous les musulmans, tu gagneras leurs cœurs et causeras leur guidée si tu les pardonnes et les contentes.»

Omar pensait autrement et dit: «Ô Messager de Dieu, ces prisonniers sont les grandes figures de La Mecque. Si nous les tuons, l'incroyance ne pourra plus être assez forte pour nous combattre à nouveau. Remet chaque prisonnier à son plus proche parent musulman. Qu'Ali tue son frère Aqil. Qu'Abou Bakr tue son fils Abd ar-Rahman. Que je tue mon proche, et ainsi de suite.»

Le Messager de Dieu se tourna vers Abou Bakr et dit: «Tu es comme Abraham qui a dit: Quiconque me suit est des miens. Quant à celui qui me désobéit... c'est Toi, le Pardonneur, le Très Miséricordieux! (14:36) Tu es aussi comme Jésus qui a dit: Si Tu les châties, ils sont Tes serviteurs. Et si Tu leur pardonnes, c'est Toi le Puissant, le Sage. (5:118)» Puis il se tourna vers Omar et dit: «Tu es comme Noé qui a dit: Seigneur, ne laisse sur la terre aucun infidèle. (71:26) Tu es aussi comme Moïse qui a dit: Ô notre Seigneur, anéantis leurs biens et endurcis leurs cœurs, afin qu'ils ne croient pas, jusqu'à ce qu'ils aient vu le châtiment douloureux. (10:88) Le Prophète finit par suivre le conseil d'Abou Bakr.[20]

Chaque Prophète était envoyé pour guider son peuple sur le sentier de Dieu, et la mission de chacun était fondée sur la miséricorde. Toutefois, la miséricorde nécessite parfois, comme dans les cas de Noé et de Moïse, d'amputer un bras pour assurer la santé du corps, ou même de faire subir une grande opération. L'islam, étant la voie du juste milieu et de l'équilibre absolu entre tous les extrêmes temporels et spirituels et contenant les voies de tous les Prophètes précédents, fait un choix en fonction de la situation.

Avant Badr, les musulmans étaient faibles tandis que leurs ennemis, au niveau matériel, étaient forts, redoutables et organisés. Ainsi, les conditions ont pu requérir que le Prophète ne devrait pas faire de prisonniers avant d'avoir prévalu [mis les mécréants hors de combat] sur la terre (8:67), car ils se battaient pour la cause de Dieu et non pas pour quelque bien terrestre. Cependant, Dieu Tout-Puissant avait déjà décrété que les rançons et le butin de guerre étaient rendus licites aux musulmans. Les cœurs purs du Prophète et d'Abou Bakr ont dû sentir que Dieu leur permettrait de prendre le butin et les rançons. Par conséquent, ils libérèrent les prisonniers en échange d'une rançon avant que les versets concernant cette affaire ne soient révélés:

N'eût-été une prescription préalable de Dieu, un énorme châtiment vous aurait touché pour ce que vous avez pris [de la rançon]. Mangez donc de ce qui vous est échu en butin, tant qu'il est licite et pur. (8:68-69)

Cela est mentionné de façon plus explicite dans un autre verset:

Lorsque vous rencontrez (au combat) ceux qui ont mécru, frappez-les aux cous. Puis, quand vous les avez dominés, enchaînez-les solidement. Ensuite, c'est soit la libération gratuite, soit la rançon. (47:4)

Pour conclure, les musulmans ne désobéirent pas à un commandement divin qui avait déjà été révélé, et ne commirent donc pas de péché. Ce fut une décision obtenue suite à une consultation.

Le Prophète exemptant les Hypocrites de l'expédition de Tabouk

L'expédition de Tabouk eut lieu en l'an 9 de l'hégire, pendant la canicule de l'été arabe. Les soldats furent envoyés pour confronter Byzance, l'une des deux superpuissances de la région. Contrairement à ses habitudes, le Messager de Dieu annonça la destination de l'expédition. Certains demandèrent à en être dispensés, et le Messager de Dieu dispensa ceux qui présentaient des excuses valables. Il ne vérifia pas si oui ou non ils disaient la vérité car, en tant que musulman, il devait juger en fonction de leurs signes extérieurs et de leur profession de foi.

En outre, de même que Dieu couvre nos défauts, ainsi le Messager de Dieu ne réprimandait jamais les gens directement. Quand il discernait un défaut chez une personne ou une erreur commune parmi sa communauté, il montait en chaire et prononçait un avertissement général. Il ne mentionnait jamais de noms en particulier.

De nombreux Hypocrites donnèrent de fausses excuses. Malgré cela, le Messager de Dieu accepta leurs excuses. C'est à cette occasion-là que ce verset fut révélé: Dieu te pardonne! Pourquoi leur as-tu donné permission avant que tu ne puisses distinguer ceux qui disaient vrai et reconnaître les menteurs? (9:43)

Bien que certains savants soutiennent que Dieu reprocha à Son Messager d'avoir exempté les Hypocrites, la vérité est tout autre. Imam Fakhr ad-Din ar-Razi et beaucoup d'autres, parmi lesquels se trouvent des linguistes, ont très justement relevé que Dieu te pardonne! est une exclamation similaire à «Dieu te bénisse!» en français. Ainsi, le vrai sens de l'expression est «Dieu te donne la grâce!» Comme nous l'avons expliqué plus tôt, il n'est pas nécessaire qu'un péché existe pour qu'un pardon soit accordé. Par exemple, comme nous l'avons vu dans les versets 4:99, 5:3 et 4:43, le pardon peut être juxtaposé à la grâce, car leurs significations sont très proches.[21]

De plus, le Messager de Dieu était motivé par la bonté ainsi que par la prudence: la bonté parce que, dans l'urgence du moment, il ne souhaitait pas refuser ceux qui avaient de réelles exccuses; et la prudence car ceux qui prendraient part à l'expédition juste parce qu'ils y étaient forcés seraient un fardeau et une source de troubles:

S'ils étaient sortis avec vous, ils n'auraient fait qu'accroître votre trouble et jeter la dissension dans vos rangs, cherchant à créer la discorde entre vous. (9:47)

Le Messager de Dieu savait qui étaient les Hypocrites: Tu les reconnaîtrais certes aux traits de leurs visages; et tu les reconnaîtrais très certainement au ton de leurs discours. (47:30) D'ailleurs, Dieu ne voulait pas qu'ils sortent en guerre:

Et s'ils avaient voulu partir (au combat), ils auraient fait des préparatifs. Mais leur départ répugna à Dieu; Il les a rendus paresseux. Et il leur fut dit: "Restez avec ceux qui restent". (9:46)

Ceci étant, le sens du verset en question est: «Dieu te donne la grâce! Si tu ne les avais pas excusés quand ils te demandaient dispense, les Hypocrites auraient été clairement distingués des véridiques.» Comme on le voit, le Prophète, loin d'être réprimandé, est complimenté par Dieu qui montre Son affection pour lui.

La sourate 'Abasa (Il s'est renfrogné)

La Prophétie n'est pas un métier parmi d'autres que n'importe qui peut exercer. Chaque individu a deux aspects: terrestre et céleste. Nous avons pris corps à partir de la poussière et avons été créés d'une vulgaire goutte d'«eau». Néanmoins, nous avons été distingués par le «souffle de Dieu». En conséquence, nous pouvons nous élever (ou tomber) à des niveaux infiniment hauts (ou bas). Tous les Prophètes appartenaient au rang le plus haut. Dieu les a choisit et les a dotés des vertus les plus louables et du plus haut degré dans les facultés intellectuelles et spirituelles.

Pour avoir un aperçu de la grandeur du Messager de Dieu, considérons comment, par la Volonté et le Pouvoir de Dieu, il transforma un peuple sauvage et retardé du désert en les fondateurs de la plus grande civilisation de l'histoire de l'humanité. De plus, selon la règle que «celui qui provoque une chose est semblable à celui qui fait cette chose», la récompense pour chaque bonne action des croyants, de l'époque du Prophète jusqu'au Jour dernier, s'ajoute à la récompense du Prophète, ce qui entraîne la continuation de son élévation spirituelle.

Malgré cela, certains commentaires coraniques classiques et autres ouvrages du genre contiennent des assertions basées sur des emprunts ou sur des anecdotes peu fiables et incompatibles avec la Prophétie. Ce qui est plus tragique encore est que même dans le monde musulman, des «chercheurs» influencés soit par des orientalistes soit par des tentations de ce monde, ont été pour le moins irrespectueux envers la Prophétie, le Messager de Dieu et la Sounna. Leurrés au point de «prendre le reflet du soleil pour le soleil lui-même», ils se considèrent libres de critiquer le Prophète et sa Sounna. L'un de leurs prétextes réside dans les premiers versets de la sourate 'Abasa:

Il s'est renfrogné et il s'est détourné parce que l'aveugle est venu à lui. Qui te dit: peut-être [cherche]-t-il à se purifier? ou à se rappeler en sorte que le rappel lui profite? Quant à celui qui se complaît dans sa suffisance (pour sa richesse), tu vas avec empressement à sa rencontre. Or, que t'importe qu'il ne se purifie pas. Et quant à celui qui vient à toi avec empressement, tout en ayant la crainte, tu ne t'en soucies pas. (80:1-10)

D'après ce que certains exégètes coraniques ont écrit, un jour le Messager de Dieu se mit à transmettre le Message avec beaucoup de sérieux et de concentration à des leaders païens qoraïchites quand soudain il fut interrompu par un aveugle. Cet homme, Abd Allah ibn Umm Maktum, était si pauvre qu'habituellement personne ne le remarquait. Il voulut profiter des enseignements du Messager de Dieu, mais ce dernier désapprouva l'interruption et devint impatient. Par suite, ces versets auraient été révélés pour faire des reproches au Prophète.

Ce récit, toutefois, est très douteux pour plusieurs raisons:

-   La narration de l'événement et ses participants ne sont pas identiques dans tous les livres de Traditions authentiques ni dans tous les commentaires coraniques. Certaines versions de ce récit comptent sept personnes en plus d'Ibn Umm Maktum.

-   Plusieurs versets expliquent comment les Prophètes précédents se comportaient envers les pauvres. Il est inconcevable pour un Prophète qui a toujours conseillé à ses adeptes d'être avec les pauvres de se renfrogner ou de tourner le dos à un pauvre homme aveugle, d'autant que ce dernier venait pour l'écouter.

-   Le Messager de Dieu a toujours rejeté l'appel des leaders qoraïchites qui exigeaient qu'il délaisse les musulmans pauvres s'il voulait qu'ils croient en l'islam.

-   Le Coran attache une grande importance à la façon de se comporter en présence du Messager de Dieu. Par exemple, les croyants ne doivent «pas partir sans demander sa permission quand ils sont avec lui». Ils ne peuvent pas non plus entrer dans sa maison sans sa permission, ils verront leurs actions réduites à néant s'ils haussent leurs voix au-dessus de la sienne et seront punis en Enfer s'ils le maltraitent. Etant donné cela, Ibn Umm Maktum aurait dû être réprimandé pour avoir interrompu le Messager de Dieu.

-   Ibn Umm Maktum était le fils de l'oncle de Khadija et l'un de ceux qui accepta l'islam dans ses tout débuts. Il avait une position remarquable en islam. Le Messager de Dieu lui assigna deux fois le gouvernement de Médine pendant qu'il était en campagne militaire. Donc, en dépit de sa cécité, il n'aurait pas pu être impoli au point d'interrompre le Messager de Dieu tandis qu'il invitait ces leaders à la vérité. Il était aveugle, mais pas sourd.

-   La réprimande contenue dans les versets en question est trop sévère pour pouvoir s'adresser au Prophète. Le verbe «se renfrogner» et «tourner le dos à» ne sont jamais utilisés dans le Coran en référence à des Prophètes, ni même à des croyants ordinaires. Dans ce verset, ils sont utilisés à la troisième personne du singulier. Cela signifie un manque de respect et un avilissement. Aussi, les expressions suivantes sont du genre de celles qui sont employées à l'encontre des leaders incroyants. Par conséquent, il n'est pas pensable que la cible de la réprimande eût été le Prophète.

-   Les exégètes coraniques qui mentionnent cet incident y ajoutent que chaque fois que le Messager de Dieu rencontrait Ibn Umm Maktum après cela, il le saluait ainsi: «Salut à toi, ô celui à cause de qui mon Seigneur m'a réprimandé». Cet ajout ne se trouve dans aucun des livres de Traditions fiables.

-   Le Messager de Dieu était d'une grande bonté et donnait tout ce qu'il avait pour la guidance de son peuple. Le Coran déclare: Certes, un Messager pris parmi vous, est venu à vous, auquel pèsent lourd les difficultés que vous subissez, qui est plein de sollicitude pour vous, qui est compatissant et miséricordieux envers les croyants. (9:128)

Après toutes ces explications, nous choisissons de remettre la vérité de cette affaire à Dieu, l'Omniscient.

L'offre faite par la tribu de Thaqif

Avant d'entrer en islam, la tribu de Thaqif essaya d'obtenir quelques concessions de la part du Prophète, y compris des exemptions de certains devoirs religieux - comme si le Messager de Dieu était autorisé à faire cela! Alors qu'aucun musulman ordinaire ne penserait à accéder à une telle requête, que dire du Prophète lui-même! Les versets révélés à propos de cet incident disent:

Ils ont failli te détourner de ce que Nous t'avions révélé, [dans l'espoir] qu'à la place de ceci, tu inventes quelque chose d'autre et (l'imputes) à Nous. Et alors, ils t'auraient pris pour ami intime. Et si Nous ne t'avions pas raffermi, tu aurais bien failli t'incliner quelque peu vers eux. Alors, Nous t'aurions certes fait goûter le double [supplice] de la vie et le double [supplice] de la mort; et ensuite tu n'aurais pas trouvé de secoureur contre Nous. (17:73-75)

Tout d'abord, le Messager de Dieu est l'allocutaire et le destinataire direct de la révélation divine. C'est pour cela que Dieu s'adresse directement à lui concernant les ordres collectifs et individuels, les interdictions et les responsabilités. Cela n'implique pas que le Messager de Dieu feignait parfois d'ignorer ce qui lui avait été dit de faire. Etant la personnification, le représentant et le prédicateur de l'islam, ainsi que le meilleur exemple, le Messager de Dieu appliquait strictement ce qui lui était révélé et vivait «toute l'histoire de l'islam» en miniature.

Dieu employait le Messager de Dieu, son temps et ses Compagnons comme un modèle en fonction duquel la future expansion de l'islam prendrait forme. Il fonctionnait comme une graine à partir de laquelle toutes les civilisations islamiques futures, les divers mouvements et les sciences - l'arbre universel de l'islam - grandiraient. C'est pour cela que de tels versets ne doivent jamais être interprétés de façon à suggérer que le Prophète soit réprimandé pour quelque mal qu'il aurait fait. Cette sainte personne, le Bien-Aimé de Dieu et pour l'amour duquel Dieu créa tous les mondes, est parfaitement exempt de tout vice, faute ou défaut.

Le Messager de Dieu aspirait de tout son cœur à la guidance de son peuple. Pour mieux comprendre son amour et son affection pour l'humanité et pour l'existence en général, méditons sur ce qu'a dit Said Nursi, le grand savant et saint de notre époque, concernant l'ardent désir du Prophète pour la guidance et le bien-être de sa nation:

Je n'ai connu aucun plaisir en ce monde pendant ma vie de plus de quatre-vingts ans. Toute ma vie s'est passée sur des champs de bataille et en d'autres lieux de souffrance. Il n'est nul supplice que je n'ai goûté, nulle oppression dont je n'ai souffert. Je ne m'intéresse pas au Paradis et je ne crains pas l'Enfer. Si je devais être témoin que la foi de ma nation (c'est-à-dire de tous les musulmans) était assurée, alors je n'aurais aucune objection à être brûlé dans les flammes de l'Enfer, car mon cœur se changerait en un jardin de roses pendant que mon corps brûlerait.[22]

Dieu dit à Son Messager, le consolant de cette incroyance continuelle: Tu vas peut-être te consumer de chagrin parce qu'ils se détournent de toi et ne croient pas en ce discours! (18:6)

Ayant vu le vif désir du Messager de guider son peuple, les leaders de la tribu de Thaqif tentèrent d'arracher des concessions spéciales. Ils ajoutèrent même que si d'autres s'y opposaient, il pourrait mentir et prétendre que son Seigneur le lui avait ordonné. D'un point de vue purement humain, il peut sembler être une bonne politique de faire une petite concession afin de remplir une grande mission. Or le Messager de Dieu n'était pas l'auteur de l'islam; sa seule responsabilité était de le transmettre. La religion appartient à Dieu. Les versets en question accentuent ce point.

Son mariage avec Zaynab

Durant la période pré-islamique, et encore aujourd'hui, l'esclavage culturel, économique et spirituel était très répandu. L'islam vint pour détruire cet esclavage et chercha à résoudre ce problème social et psychologique en plusieurs étapes. Comme l'esclavage a un aspect profondément psychologique, son abolition tout d'un bloc aurait pu résulter en des conditions plus dures encore. Par exemple, quand Lincoln abolit l'esclavage aux Etats-Unis, la plupart des esclaves durent retourner chez leurs anciens maîtres parce que leur capacité à assumer des responsabilités, à choisir et à gérer leurs propres affaires en tant qu'hommes libres avaient été extirpées d'eux par la force et cela avait causé le meurtre de leurs leaders.

L'islam a établit, dans une première étape, des principes stricts sur le traitement des esclaves, comme le montrent ces hadiths: «Ceux qui tuent leurs esclaves seront tués. Ceux qui emprisonnent et affament leurs esclaves seront emprisonnés et affamés. Ceux qui castrent leurs esclaves seront castrés»[23] et «Les Arabes ne sont pas supérieurs aux non-Arabes et les non-Arabes ne sont pas supérieurs aux Arabes. Les blancs ne sont pas supérieurs aux noirs et les noirs ne sont pas supérieurs aux blancs. La supériorité réside uniquement dans la piété et la crainte de Dieu.»[24]

Dans une deuxième étape, l'islam a permit aux esclaves de réaliser leur identité et leur conscience humaine. Il les a éduqués aux valeurs islamiques et a implanté en eux l'amour de la liberté. Ainsi, le jour de leur émancipation, ils étaient parfaitement équipés pour devenir des membres utiles de la communauté en tant que fermiers, artisans, enseignants, savants, commandants, gouverneurs, ministres et même premiers ministres.

Une autre pratique pré-islamique, qui existe encore dans les codes civils de nombreux pays actuels, autorise les enfants adoptifs à jouir du même statut légal que les enfants naturels. Par conséquent, un père ne pouvait pas épouser légalement la veuve ou la divorcée de son fils. Cette pratique allait être abolie, car ni l'adoption ni aucune autre méthode pour déclarer quelqu'un son fils ne saurait créer une relation comparable à celle qui existe entre des enfants et leurs parents naturels.

Zaïd était un Africain noir qui avait été kidnappé et fait esclave alors qu'il n'était qu'un enfant. Khadija, la première épouse du Messager de Dieu, l'acheta au marché d'esclaves de La Mecque. Après son mariage avec le Prophète, elle le lui offrit comme présent. Le Messager de Dieu l'affranchit et l'appela «mon fils». Quand les parents de Zaïd finirent par le retrouver et qu'ils vinrent à La Mecque pour le reprendre, Zaïd refusa de rentrer avec eux et leur annonça qu'il préférait rester avec le Messager de Dieu.

Afin de montrer l'égalité entre les noirs et les blancs et pour démontrer que la supériorité réside dans la droiture et la dévotion à Dieu, et non pas dans la lignée et le statut social, le Messager de Dieu maria Zaïd à Zaynab bint Jahsh de la tribu des Hachimites. C'était une musulmane très pieuse et une intellectuelle dotée d'une grande noblesse de caractère. Le Messager de Dieu la connaissait très bien depuis son enfance. Bien que sa famille eût voulu la marier au Messager de Dieu, ils consentirent à son mariage avec Zaïd parce que tel était le souhait du Prophète.

Cependant, Zaïd admit qu'il était spirituellement inférieur à elle. Il se rendit compte que la sublimité de son caractère la rendait digne d'être l'épouse d'un homme plus grand que lui-même. Il demanda maintes fois au Messager de Dieu de lui permettre de divorcer, mais à chaque fois il lui recommandait de rester marié avec elle. Cependant, Zaïd, qui était assez perspicace pour voir qu'il n'était pas l'égal de sa femme, finit par divorcer.

Après cela, Dieu ordonna à Son Messager de l'épouser, même si cela violait les normes de la société dans laquelle il vivait. Parce que ce mariage avait été arrangé dans les cieux, il se soumit au décret divin et se maria avec Zaynab:

Puis quand Zaïd eut cessé toute relation avec elle, Nous te la fîmes épouser, afin qu'il n'y ait aucun empêchement pour les croyants d'épouser les femmes de leurs fils adoptifs, quand ceux-ci cessent toute relation avec elles. Le commandement de Dieu doit être exécuté. (33:37)

Bien que l'accomplissement de ce mariage fût très pénible pour le Messager, Dieu l'employa pour abolir une mauvaise coutume et établir une nouvelle loi et mœurs. Le Prophète était toujours le premier à mettre en pratique la loi ou règle à être établie et obéie afin d'influencer les autres. Son mariage avec Zaynab fut pour lui l'un des commandements les plus difficiles à appliquer. C'est pourquoi Anas remarqua: «Si le Messager de Dieu avait été enclin à supprimer quoi que ce soit de ce qui lui a été révélé, il aurait sûrement supprimé ce verset-là.»

Comme on pouvait s'y attendre, les ennemis de l'islam et les Hypocrites calomnièrent le Messager de Dieu. Bien que certaines de leurs allégations se soient infiltrées dans diverses interprétations coraniques, aucune de ces allégations ni de ces calomnies n'a jamais affecté - et n'affectera jamais - sa chasteté et la pureté de sa personnalité. Tous les savants s'accordent à dire qu'il vécut heureux avec Khadija, une veuve de quinze ans son aînée, sans que rien ne suggère la moindre inconduite durant ses vingt-cinq années de mariage avec elle (qui prirent fin avec le décès de Khadija). Contrairement aux autres jeunes, il ne brûlait pas du désir charnel. Cela montre clairement que ses mariages suivants, qui survinrent après ses cinquante ans, à l'âge où le désir s'estompe, visaient des objectifs bien précis.

En somme, comme tous les autres Prophètes, le Messager de Dieu est irréprochable et est innocent de tout ce dont il fut accusé. Aussi son infaillibilité ne peut-elle être remise en doute.


[1]Muslim, "Iman," 326
[2] Ibn Kathir, Al-Bidaya, 2:350-51
[3]Bukhari, "Hajj," 42; Ibn Kathir, "Al-Bidaya," 2:350
[4] Tirmidhi, "Qiyama," 49; Ibn Maja, "Zuhd," 30
[5]Ibn Kathir, "Tafsir" 3:539
[6] Une parole Prophétique dont le sens vient directement de Dieu
[7]Bukhari, "Riqaq," 38; Ibn Hanbal, 6:256
[8] Voir note 214 plus haut
[9] Ibn Kathir, Al-Bidaya, 2:313-14
[10] Bukhari, "Anbiya'," 48; Muslim, "Fadha'il," 144
[11]Bukhari, "Tahajjud," 7, "Sawm," 59; Muslim, "Siyam," 182
[12] Bukhari, "Hudud," 22; Abu Dawud, "Hudud," 17; Tirmidhi, "Hudud," 1; Ibn Maja, "Talaq," 15,16
[13]Bukhari, "Tafsir," 3; Tirmidhi, "Qadar," 2; Ibn Hanbal, 2:287, 314
[14]Muslim, "Iman," 271
[15] Mulla Jami', Nafahat al-Uns, 521
[16] Bukhari, "Anbiya'," 11
[17] Ibn Kathir, Shama'il, 84-85
[18] Bukhari, "Anbiya'," 8; Muslim, "Fadha'il," 154
[19]Bukhari, "Anbiya'," 21:19; Ibn Hanbal, 2:96, 332
[20]Qurtubi, "Tafsir," 8:31; Ibn Hanbal, 1:383
[21] Qurtubi, 8:98-99; Fakhr ar-Razi, Mafatih al-Ghayb, 16:73-74
[22] Said Nursi, Epitomes of Light (Mathnawi al-Nuriya) (Izmir, Kaynak: 1999), II
[23]Abu Dawud, "Diyat," 70; Tirmidhi, "Diyat," 17
[24]Ibn Hanbal, 411

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